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SPIRÉ-IS : Modélisation de la Communication infraverbale et verbale

SPIRÉ-IS[1] est une modélisation de la communication, dans ses deux composantes verbale et infraverbale. Considérant la communication à l’origine de la constitution de l’être, SPIRÉ-IS est un modèle ontologique, dont l’objectif est d’améliorer la prise en charge des enfants qui ont des pathologies graves de la personnalité (autisme, psychose et dysharmonie). La transmission de cette clinique est confrontée à une double difficulté liée à l’étude de l’infraverbal. L’une technique, car l’invisible et l’inaudible sont difficiles à détecter et à mesurer. L’autre vient de l’utilisation de la pensée comme outil d’étude puisque l’infraverbal se situe en deçà de la représentation. SPIRÉ-IS propose une approche par les sciences physiques en considérant la personne comme un système d’information, organisée par des signaux électromagnétiques et acoustiques. Cette démarche, qui peut paraître théorique, est nourrie par des hypothèses qui s’appuient sur la clinique des troubles de la communication et l’analyse statistique de la communication de bébés avec leur mère.

SPIRÉ-IS en conceptualisant la vie in utero et ses prolongements après la naissance, s’efforce de modéliser les fonctionnements chez la personne en deçà de la pensée, au travers de la communication infraverbale.

SPIRÉ-IS fait en particulier l’hypothèse d’une conjonction entre le cellulaire et l’être, ce qui constitue un prolongement entre l’articulation vie psychique et vie physiologique. Ce lien place SPIRÉ-IS dans une modélisation épigénétique, où le génome n’est pas le moteur déterministe du développement, mais où la morphologie et l’environnement sont, au même titre, des acteurs de l’évolution. Grâce à l’analyse des signaux qui se propagent dans la personne et à l’extérieur de celle-ci, SPIRÉ-IS n’intègre pas seulement des contraintes épigénétiques du milieu proche, mais veut aussi tenir compte d’influences liées au fonctionnement global de la personne.


[1] Le nom est construit à partir du verbe latin, aspiro, qui signifie : avoir un souffle favorable, favoriser. Faire un effort vers, aspirer à. Inspirer. Puis y est ajouté une modification poétique. 

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La communication, dont il s’agit ici, assure la circulation de l’information non seulement vers l’extérieur de la personne mais aussi à l’intérieur. Ce réseau d’information est constitué de signaux électromagnétiques et acoustiques qui se propagent depuis la cellule à l’ensemble de la personne puis dans l’espace de communication. La communication étudiée comme une composante de la personne, met en lumière une meilleure compréhension de l’infra verbal et de ses propriétés.

L’ambition du modèle est de représenter une continuité de développement dans le temps, depuis l’embryogenèse jusqu’à l’émergence de la parole. De même, les fonctionnements sont présentés dans une globalité de l’espace, formé de la personne et de sa communication.

Pour comprendre l’infraverbal qui se forme in utero, la modélisation de la propagation des signaux tient compte de l’espace très particulier qu’est le ventre maternel et du devenir  de ces signaux après la naissance en association avec ceux qui se propagent dans l’air. Le traitement des signaux dépend du milieu de propagation. In utéro, les signaux sont traités en gravitation relationnelle par analogie avec la relativité générale ; après la naissance ils sont traités dans l’espace euclidien selon un repère orthonormé et immobile.

Les signaux sont classés en quatre niveaux de traitement de l’information :

  • Traitement de niveau un : il crée l’intelligence organisatrice centrale et donne le sentiment d’exister et la capacité de communiquer. Les signaux sont identiques dans l’espace et dans le temps.
  • Traitement de niveau deux : il concerne les organes et les fonctions corporelles, il opère surtout avant la naissance.
  • Traitement niveau trois : il est destiné essentiellement aux signaux de la langue, il structure l’évolution juste après la naissance.
  • Traitement niveau quatre : il s’applique aux signaux visibles et audibles et il est proche de celui de la pensée.

En même temps que le bébé construit sa communication infraverbale qui n’est rien d’autre que le réseau des signaux, il met en place quatre sous-systèmes d’information : le corps, le système perceptif, le code émotionnel et la langue. Lorsque ces quatre sous-systèmes de signaux structurels, arrivent à maturité, l’enfant accède à la parole.

Cette évolution, qui a lieu in utéro et après la naissance jusqu’à l’émergence de la parole, s’organise essentiellement durant la communication du bébé avec l’adulte. Elle est appelée accordage proximal. La tétée est un bon exemple pour comprendre comment le bébé se construit durant cette période juste après la naissance.

Après ce temps fort de transformation où le bébé se structure, les processus d’intégration d’informations prennent de l’importance et donnent des fonctions qui permettent à l’enfant de se représenter lui-même et le monde qui l’entoure.

La communication, par sa double composante, infraverbal et verbal, est capable en même temps de rejoindre l’autre en belle intelligence tout en transmettant une subtilité émotive unique. L’information qu’elle gère, est à la fois d’une normalité partageable et d’une spécificité inatteignable.  Elle a aussi la fonction fondamentale d’organiser la personne dans son évolution au cours de la vie, en maintenant une cohérence qui définit son identité.

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Apprendre à écrire pour s’approprier le goût des mots

Résumé

Apprendre à écrire pour s’approprier le goût des mots

Mon expérience clinique auprès d’enfants qui ont des troubles graves de la personnalité et un programme de recherche sur les précurseurs de la parole m’ont amené à modéliser la mise en place du système perceptif, d’une façon nouvelle. Ce  modèle  affine la compréhension de la communication du bébé et ouvre des voies sur l’autisme.  En étudiant  l’enjeu du système perceptif dans l‘apprentissage de l’écriture, on peut espérer améliorer son enseignement en maternelle. Dans la première partie de cet article,  je montre comment la mise en place du système perceptif construit les précurseurs de la parole. Dans la deuxième partie, je décris les enjeux du système perceptif dans l’apprentissage de l’écriture.  L’école maternelle étant la période charnière pour garantir la réussite de l’acquisition de l’écriture en CP, je propose des repères pour favoriser l’apprentissage des précurseurs de l’écriture.

Summary

Learning to write in order to appropriate the taste of words.

My clinical experience with psychotic or autistic children, as well as an achieved research project about precursors of language led me to model the set up of the perceptive system of children, following an innovative approach. The model refines the understanding of the baby’s communication and sets new promising paths about autism. Studying the stakes of the perceptive system in the process of learning to write is expected to improve ways of teaching in nursery school.  In the first part of this paper, I try to show how the set up of perceptive system leads to building up precursors of language. In the second part, I give a description of the stakes of the perceptive system in the process of learning to write. Kindergarten being the key period to secure a future acquisition of writing at prep school, I suggest some benchmarks that could help learning the precursors of writing.

Mots clefs

Ecriture, école maternelle, perception distale, système perceptif  proximale, graphologie

Key Words

Writing, nursery school, distant perception, proximal perception, proximal envelope function, graphology

Valérie Combes, psychologue clinicienne, psychothérapeute, exerce en profession libérale à Paris. Ses références sont les œuvres de D. W. Winnicott, P. Aulagnier, J. McDougall et P. Quignard. Elle est expérimentée dans la clinique de l’autisme, de la psychose et des troubles graves du langage. Les enfants qui avaient des troubles graves de la communication, lui faisaient vivre des phénomènes en thérapie qu’elle ne rencontrait pas dans la littérature. Elle constatait qu’ils évoluaient, de manière remarquable, sans parvenir à décrire ce qui se passait. Elle décide d’initier une recherche sur les précurseurs de la parole : PILE, Programme International pour le Langage de l’Enfant, 2004 à 2008, codirigé avec le Professeur B. Golse (Hôpital Necker-Enfants Malades, Paris). Il en est résulté un modèle de la mise en place du système perceptif.  Sa nouveauté vient de l’originalité de sa clinique quotidienne et d’une longue expérience avec les bébés. Ce modèle a le mérite de conceptualiser « être en communication » à l’opposé de « faire de la communication ».

Confronter  ce nouveau modèle avec  l’apprentissage de l’écriture permet d’en apporter une meilleure compréhension et d’aider à sa transmission. Cet article traite de l’apprentissage des précurseurs de l’écriture en maternelle dans la perspective de la maîtrise de l’écriture en CP. Les enfants ont acquis le langage oral, ils ont entre 3 ans et 5 ans. Dans la première partie de cet article,  elle montre comment la mise en place du système perceptif construit les précurseurs de la parole. Dans la deuxième partie, elle décrit les enjeux du système perceptif dans l’apprentissage de l’écriture.  L’école maternelle étant la période charnière pour garantir la réussite de l’acquisition de l’écriture en CP, elle propose des repères pour favoriser l’apprentissage des précurseurs de l’écriture.

La recherche, le programme PILE

Elle tente de répondre aux questions : comment le bébé construit sa communication avec sa mère ? Comment cette communication permet l’émergence de la parole ?

Le Domaine et le cadre

Le cadre de recherche doit être organisé en sachant que le fil conducteur  ne peut pas être un raisonnement linéaire à partir d’une hypothèse. Pour accéder à des processus en deçà de la représentation, l’action doit structurer la recherche avant le raisonnement. Par exemple, les idées viennent d’expériences comme la clinique avec des enfants autistes ou psychotiques et la rencontre avec des bébés. On étudie le bébé  en train de construire son système pour parler en communiquant avec sa mère.

La représentation permet de se poser dans un repère espace-temps. Avant la représentation, c’est le mouvement qui caractérise les phénomènes. Pour saisir des phénomènes en deçà de la parole, on ne s’intéresse pas au contenu de la communication mais à son système d’organisation.

C’est le langage qui permet d’accéder à la partie d’un tout. Donc en deçà de la parole, on travaille au niveau de la globalité dans le temps et dans l’espace. Pour respecter la globalité de l’espace, on analyse la synchronisation des mouvements du corps du bébé à l’opposé de faire une étude approfondie de chaque mouvement. L’analyse est faite sur la synchronisation des mouvements de la voix, du regard et des mains. Pour respecter la globalité dans le temps, on étudiel’évolution du système. Le support est le film pour accéder à l’évolution, sur un temps court comme la minute et sur un temps calendaire. La mère est considérée comme un système de mouvementsqui forment un ensemble cohérent.On ne s’intéresse pas aux fonctionnements intérieurs dubébé et de la mère mais on tente de modéliser ce qui sepasse dans l’espace entre le bébé et la mère.

Deux questions doivent donc être traitées :

  • Comment l’information circule en fonction du système perceptif ?
  • Comment le bébé construit l’organisation de ses mouvements à partir du système cohérent des mouvements de la mère ?

La parole du bébé s’est construite dans les mouvements de la mère.

L’installation

L’installation est définie en respectant la globalité du temps et de l’espace.

  • Principe de spontanéité pour être dans une relation normale. Aucun instrument de mesure qui gène l’interaction. On mesure la parole qui est en train de se construire.
  • Entre 3 mois et 9 mois car à partir de cet âge, le bébé est capable de rester assis 15 minutes dans le transat. Or le modèle montrera que c’est un âge clef pour les précurseurs dû à cette distance où, déjà, le bébé est séparé tout en étant dans la sphère de la mère.
  • Dans la cellule vidéo, le bébé est installé dans un transat pour être filmé dans une même situation tous les mois. L’important est de saisir l’évolution à une échelle d’une minute et à une échelle calendaire.

Statistiques

L’élément statistique n’est pas le bébé mais une séquence d’une minute, l’étude étant le processus de construction de la parole.

La population est de 110 bébés, âgés de 3 à 9 mois, rencontrés mensuellement.

Les résultats sont issus du traitement statistique d’une base de donné. Elle est informée par des données qualitatives saisies par des cliniciennes qui visionnent les films.

L’idée centrale était de ne jamais lâcher  la globalité du bébé en interaction avec sa mère, ce point est  important il distingue cette recherche d’une approche comportementale où les études se mènent sur des fonctionnements partiels des modes perceptifs. Ce travail a pu être mené de bout en bout au niveau de la globalité parce que la pensée était façonnée par des expériences cliniques.

Modélisation du système perceptif

Les modes perceptifs s’exercent sur des mouvements et non des choses fixes. Exemple, Le bébé perçoit une voix par l’audition  ou un mouvement de main par la vue.

Dès in utero et au début de la vie du bébé les 5 modes perceptifs, le toucher, l’odorat, le goût, l’audition et la vue créent des alliances. Ce phénomène est appelé comodalité. Le système perceptif s’organise, se consolide  et s’affinent dans son exercice. Exemple : le bébé perçoit en même temps les mouvements de la voix et de la main.

On distingue une perception proximale et une perception distale. Un événement est vécu de manière proximale quand les modes perceptifs demandent d’être proches de ce qui est perçu. Il est distal quand la perception s’exerce à distance.

Le système perceptif proximal

In utero, la comodalité s’exerce au niveau des cinq modes perceptifs, l’audition et le toucher jouant un rôle fondamental. Les sons maternels sont reçues sur l’ensemble des tissus. L’aptitude de l’ensemble des tissus à la réception des sons, rend le toucher très fortement comodalisé à l’audition. La comodalité du toucher et de l’audition est prépondérante. Cette alliance rend les cinq sens proximaux.

A la naissance, l’audition est proximale par sa comodalité avec le toucher.

Pendant la tétée, trois modes sont sollicités en même temps au niveau de la bouche : le toucher, l’odorat, le goût, ils sont proximaux. Quand le bébé tète, il crée un mouvement commun pour les trois modes et réalise un son suffisamment audible pour stimuler l’audition A. La fréquence de la succion est construite dès in utero. La texture agréable du son de la succion, indique qu’il est perçu par une audition proximale. Cet acte de succion est un acte fondamental du bébé qui entre en tant qu’acteur dans la langue maternelle. Plus précisément, c’est la première entrée du bébé par le système perceptif dans la langue. La tétée renforce une comodalité proximale avec les quatre modes perceptifs : toucher, odorat, gout et audition. Dans la succion, la fréquence est simple et assure une solide comodalité, tout ceci rend la comodalité proximale plus sure à réaliser.

Le bébé au début de la vie regarde les points brillants du visage tout en activant la succion et en sentant le liquide dans sa bouche. Par cet événement, la vue se construit en se reliant aux autres sens. Elle est au début de la vie de nature proximale. Puis lorsque l’expérience est solide, le bébé en regardant la mère, peut solliciter cette expérience psychique sans téter. Le contact du regard est à jamais lié à la perception proximale.

Lorsqu’on se regarde, on ne crée pas une image de l’œil mais une sensation de se toucher pour se rencontrer. La vue dans la communication est présente en proximal.

L’ensemble du corps et particulièrement les zones comme la bouche, les yeux, le nez, les oreilles et les extrémités comme les mains et les pieds sont  sollicités lors de l’établissement du système perceptif proximal.

L’établissement de la perception proximale est la garantie d’entrer dans la langue et de se rencontrer.

Etre touché dans la communication est dû à la vue proximale et à l’audition proximale. Dès qu’on entend une voix ou qu’il y a un contact du regard, le système perceptif proximal est sollicité. La rencontre ne peut avoir lieu sans cette rencontre proximale.

La perception distale

Juste avant, après ou pendant la tétée, le bébé perçoit en même temps les expressivités du visage et de la voix maternelles par la vue et  l’audition. Expérience après expérience, la comodalité de l’audition  et de la vue s’organise chez le bébé. Cette comodalité de la vue et de l’audition est distale. Le moteur de la mise en place de la perception distale par la comodalité de l’audition et de la vue est la langue maternelle (ou les langues des adultes référents).

La communication distale concerne des mouvements partiels : ceux du visage, de la voix et des mains contrairement à la communication proximale qui est au niveau de l’ensemble du corps. Les mouvements perçus en distal sont des macromouvements, ils sont plus facilement perceptibles par le bébé. En percevant ces mouvements organisés par la langue, le bébé donne un sens commun à ce qu’il vit.

La perception distale n’est pas indépendante, elle s’exerce alors que la fonction enveloppe proximale est sollicitée, les macromouvements  partiels s’organisent par le système intelligent et complexe de la fonction enveloppe proximale. Les macromouvements partiels finissent de structurer la fonction enveloppe proximale.

Au début de la vie, le bébé continue de constituer sa perception proximale essentiellement avec le corps de la mère puis en grandissant il s’en éloigne et il  ajoute à la perception proximale, la perception distale. La fonction de représentation apparait au même moment que la perception distale.

La perception comodale de l’audition et de la vue en distal participe à la dimension de « se comprendre » dans la communication.

La vue et l’audition ont une double fonction en proximal et en distal. Grâce à cela, il y a une intrication du système perceptif proximal et de la perception distale. Quand vous communiquez, donc toujours en distal, vous maintenez  une dimension proximale par le contact du regard et par le son de la voix. La communication est cette alchimie de « se toucher » par le proximal  et de « se comprendre » par le distal en percevant le corps.

Les micromouvements et les macromouvements

Le système perceptif  proximal est un système complexe et cohérent, construit avant la naissance et qui s’enrichit et s’affine au cours des interactions précoces. Ce système complexe de micromouvements est constitué lors de la réception des sons du corps de la mère pendant la vie in utero. Les sons maternels sont formés des sons biologiques (cœur, respiration) et des sons de la langue. Dès le début de l’embryogénèse, les organes perceptifs sont animés de micromouvements. La qualité de la comodalité est liée à la qualité des micromouvements des tissus. Puis lors des interactions, le bébé construit son audition et sa vue en distal par les macromouvements du visage et de la voix maternels. Les macromouvements sont reçus sur cette base que forme le système perceptif proximal, ils obéissent donc à un système déjà existant qui a l’intelligence de la langue. Par leur taille en comparaison des micromouvements, les macromouvements agissent à d’autres niveaux d’organisation.

La fonction enveloppe proximale

On regroupe l’ensemble des processus du système perceptif proximal dans la fonction enveloppe proximale. Il ne faut pas entendre « enveloppe » comme une représentation mais bien comme une fonction. Elle évolue durant la mise en place du système perceptif proximal.  Elle est caractérisée par les vécus psychiques contenant des éléments perceptifs proximaux.

La fonction enveloppe proximale ou l’unicité normale

La fonction enveloppe proximale prend origine in utero par la comodalité des cinq sens stimulés par les sons maternels avec le toucher et l’audition dans un rôle privilégié. Les sons sont caractérisés par la langue et les fonctionnements biologiques. La fonction enveloppe proximale est « normale », car elle est inscrite dans la normalité de la langue et l’universalité du fonctionnement du corps. Le bébé est organisé dans une normalité commune. Ceci est la garantie de la communication.

A chaque événement perceptif, le bébé est habité d’une coloration émotionnelle. Chaque vécu psychique est unique par l’élément émotionnel. L’ensemble des vécus psychiques forme un ensemble unique.

Ce double caractère de la fonction enveloppe proximale normale et unique, détermine un enfant dans sa spécificité adaptée à la normalité.

La fonction enveloppe proximale est une fonction d’unification

L’élément perceptif du vécu psychique est lié à une partie du corps ou/et à l’ensemble du corps.  Par exemple : le son est reçu sur l’ensemble du corps, un toucher concerne une partie du corps. Un vécu psychique est donc localisé dans le corps. La comodalité des 5 sens, tous ensembles, relie tous les vécus psychiques. Cette unification de l’ensemble des vécus psychiques situés par rapport au corps, garantie une unité inscrite dans le corps.

La fonction enveloppe proximale n’est pas à comprendre comme une limite extérieure qui entoure le corps. Elle est  une fonction qui unifie. Elle fait fonctionner ensemble et harmonise l’ensemble. La fonction enveloppe proximale modèle le corps par un système de mouvements cohérents avec la langue. A chaque fois qu’il y a un usage de la perception proximale, il y a sollicitation de la fonction enveloppe proximale donc l’ensemble du corps est mobilisé.

La fonction enveloppe proximale est une fonction de lissage et de continuité.

Dans une communication entre deux interlocuteurs, la voix, l’expressivité du visage, les mouvements du corps sont des mouvements continus, fluides et cohérents. Par contre ils sont captés par le système perceptif en discontinuité. Les doigts aussi créent un mouvement fluide à travers l’écriture. Tous ces mouvements sont en harmonie avec la langue. Cette fluidité est assurée par les micromouvements qui forment un substrat sur lequel les macromouvements s’organisent. Grâce à cela, ces mouvements sont lisses et harmonieux. Lissage et continuité de mouvements du corps s’opposent à une voix en rupture et à des mouvements de mains et du regard qui seraient saccadés.

La fonction enveloppe proximale et le code des émotions.

Lorsque le bébé regarde sa mère,  il ne crée pas une image de l’œil mais une sensation de se toucher.  Ceci est dû à la perception proximale qui est en jeu. Il perçoit aussi en proximal l’environnement de l’œil. Cette zone riche en micromouvements affiche un message subtil et complexe lié aux émotions. Ce message est décodé par la perception proximale. De la même façon, la vue proximale agit dans la zone autour de la bouche et l’audition proximale dans le décodage émotionnel de la voix. Dès le début de la vie, le bébé qui perçoit en proximal le visage et la voix instruit sa fonction enveloppe proximale du code émotionnel.

Puis le code émotionnel s’enrichit des macromouvements du corps et tout spécialement ceux qui sont présents au niveau de la bouche.

La fonction enveloppe proximale et l’expression des émotions

Pour être compris de l’autre, le bébé doit exprimer les mêmes mouvements selon le code des émotions au niveau du visage et de la voix. La voix et l’expressivité du visage sont complètement en phase. Le nerf moteur de l’étrier provient du nerf facial et le nerf moteur du marteau provient du nerf mandibulaire.

L’écoute est liée à l’expressivité du visage.

La fonction enveloppe proximale permet de construire l’expression des émotions et de donner accès aux émotions.

La fonction enveloppe proximale se construit obligatoirement en relation avec l’autre, essentiellement la mère. La relation qui permet la construction de la fonction enveloppe proximale est l’accordage proximal.

L’accordage proximal

Etre en accordage proximal est un état particulier où l’on se met en présence de l’autre. L’accordage proximal se crée entre deux individus par la captation à hautes fréquences des micromouvements. Pour faciliter cette captation, il faut une disposition corporelle de lâcher prise sur l’ensemble du corps. L’audition et la vue doivent être sollicitées en proximal. Un bon contact de regard accompagné d’une voix riche en sons proximaux favorise l’accordage proximal. C’est le bébé qui convoque l’adulte en accordage proximal et qui guide la mère dans l’évolution de l’interaction. Seul le bébé est capable d’émettre des sons proximaux pour créer l’accordage proximal. La mère reçoit sur l’ensemble de son corps les sons proximaux qui sollicitent une captation à des fréquences élevées. Le contact du regard ensuite participe à l’accordage proximal. Après l’accouchement et pendant quelques mois, la mère est plus apte à instaurer l’accordage proximal.

L’accordage proximal est l’origine du processus de l’attachement. La qualité de l’accordage proximal détermine la bonne évolution de la  fonction enveloppe proximale qui est le cœur de tous les processus qui fondent l’être.

Ce modèle de la mise en place du système perceptif au début de la vie met en évidence une nouvelle manière de penser l’usage de l’audition et de la vue qui selon une sollicitation proximale ou distale n’interviennent pas au même niveau psychique. L’audition et la vue en proximal agissent liées à l’ensemble du corps. Notons que l’usage de la perception proximale convoque le sujet au niveau de l’être, c’est par elle qu’il est en contact avec lui-même. Par contre l’audition et la vue distales s’exercent de manière partielle sur la voix ou l’expressivité du visage. L’exercice de la perception distale est celle qui gère la communication dans une compréhension mutuelle.

L’apprentissage des précurseurs de l’écriture en maternelle et le système perceptif

Le système perceptif de l’enfant en maternelle

L’enfant en classe maternelle, a un système perceptif entièrement construit. Il est apte à entrer en maternelle pour communiquer dans un groupe mené par une maitresse. Il a un système perceptif adapté à une communication de loin avec la dimension proximale. Il utilise encore beaucoup son système perceptif proximal, ce qui se traduit par le fait qu’il ait besoin de toucher le corps de la maîtresse. Il s’approche d’elle pour recevoir sa voix en proximale, la voix est ainsi reçue sur l’ensemble du corps. La maîtresse se mettra à hauteur de l’enfant pour favoriser un bon contact du regard (une vue proximale). Mais en même temps, l’enfant est capable d’être assis sur sa chaise et de se concentrer sur ce qui est dit par la maîtresse, il est donc capable de communiquer en distal.

La maternelle est le temps où l’enfant modifie la place du système perceptif proximal (favorisé dans la relation maternelle) et celle de la perception distale pour atteindre un mode de communication classique. Ces remarques de comportement dans la communication sont valables dans tous les lieux de vie de l’enfant.

L’écriture en maternelle et l’intériorité

L’apprentissage de l’écriture est réussi si des processus liés à l’être sont en jeu. Dans ce modèle, nous avons vu que c’est  la fonction enveloppe proximale qui est au niveau de l’être. L’enfant doit avoir une fonction enveloppe proximale suffisamment bonne pour vivre l’écriture comme un acte personnel.  Quand l’enfant écrit, il met en jeu le toucher par le tracé de son crayon sur le papier, il sollicite donc sa fonction enveloppe proximale. On peut analyser l’acte décrire par les caractères analysés ci-dessus de la fonction enveloppe proximale.

Nous avons vu que la fonction enveloppe proximale a un caractère normal et un caractère unique qui détermine un enfant dans sa spécificité adaptée à la normalité. Ecrire est une entrée dans une culture qui requiert ces deux caractères de détenir une normalité culturelle par la langue et une spécificité par son histoire personnelle pour se sentir exister en particulier mais toujours inscrit dans la langue. Il en est ainsi pour l’enfant de trois ans.

Quand l’enfant écrit, il est unifié.  Au niveau de l’enfant cela signifie qu’au début de l’apprentissage de l’écriture, il est pleinement présent dans ce qu’il fait, il est entièrement dans son écriture, il en est proche.

La fonction enveloppe proximale a été instruite d’un code émotionnel. Ce codage des émotions est utilisé lors de la perception des mouvements expressifs du visage et de la voix et ce même code organise le sens émotionnel dans l’intériorité de chacun. Lors de l’apprentissage de l’écriture l’enfant introduit le code émotionnel dans les mots écrits.

En résumé, la fonction enveloppe proximale dépendante de la perception proximale crée chez l’enfant une fonction d’unification. Cette enveloppe sollicitée réveille un sentiment d’unicité faisant partie d’une normalité et enfin elle permet d’accéder aux émotions.

On en conclut qu’il faut que l’enfant qui arrive en maternelle, ait construit une bonne fonction enveloppe proximale pour écrire non pas comme une machine mais en étant concerné par son apprentissage. Les enfants à cet âge sont effectivement très investis sur les tâches réalisées. En même temps, on n’imagine pas que l’enfant conserve cette implication dans l’apprentissage des signes écrits ou oraux, sa scolarité exigerait un investissement trop important.  Une évolution est nécessaire. Elle doit définir de nouvelle place à l’usage du système perceptif proximal et de la perception distale.

En maternelle, pour assurer un apprentissage de bonne qualité, la maîtresse doit  maintenir dans la communication le registre de « se toucher »  pour que l’enfant puisse accéder au registre de « se comprendre ». Elle doit avoir plus de distance que dans une relation maternelle pour communiquer en faisant évoluer les deux registres le proximal et le distal.  L’enfant perçoit sur le corps de la maitresse des macromouvements par une perception distale de l’audition et de la vue et des micromouvements par sa perception auditive et visuelle proximales. Plus concrètement l’enfant perçoit plus aisément la signification des mouvements du visage, de la voix et des mains de la maitresse si son  corps est  détendu et rassemblé dans l’expérience vécue. Les mouvements sont alors organisés dans un système dont le sens est plus continu et plus riche, les détails des micromouvements sont plus facilement repérables. Pour maintenir une dimension proximale nécessaire à cet âge, un bon contact du regard et une voix proche est la garantie de solliciter le système perceptif proximal dans la communication. Un travail au niveau proximal cela signifie obligatoirement une rencontre au niveau global. C’est l’ensemble du corps qui est mobilisé pour mieux transmettre les apprentissages.

Pour penser plus finement l’acquisition de l’écriture on se demande quels modes perceptifs sont sollicités pendant cet apprentissage. Le toucher est sollicité dans l’écrit : le feutre, le crayon, la craie se déplaçant sur un support, créent une sensation de toucher importante. L’enfant sent les mouvements de son crayon organisés par des micromouvements et des macromouvements. L’enfant suit du regard le trait réalisé, il sollicite des vécus psychiques où sont comodalisés les cinq modes perceptif selon  l‘organisation proximale. Parfois, la réalisation du tracé fait un son. La mise en jeu du toucher, signifie que c’est le système proximal qui est sollicité avec la fonction enveloppe proximale. La sollicitation de la fonction enveloppe proximale explique l’investissement et la sensation de présence chez un petit enfant en apprentissage. Il est dans une grande concentration, un bon rassemblement de lui-même. L’apprentissage de l’écriture participe au renforcement de la comodalité des modes perceptifs proximaux grâce au geste de l’écriture.  Les modes perceptifs déjà comodalisés par la langue orale introduisent l’enfant dans l’écriture et  l’apprentissage de l’écriture consolide la comodalité et la fonction enveloppe proximale. La transmission de l’écrit n’est pas seulement pour l’enfant l’acquisition d’un outil mais bien la poursuite de la construction de son identité dans une culture. Bien que l’écriture soit constituée de macromouvements, l’apprentissage se fait en mobilisant la fonction enveloppe proximale. Ce système complexe et intelligent de micromouvements est organisé par la langue et par le code émotionnel. L’écriture est donc sculptée par le plus intime et par le rythme commun de la langue. Pour que l’écriture soit une expressivité intérieure, elle doit se former au niveau du proximal.

A la naissance, on peut observer la fonction enveloppe proximale au niveau du visage et particulièrement du regard, des mains et des pieds. Les mains bougent avec les vocalises pour se préparer à communiquer ensemble dans le langage oral. On peut trouver sur le blog des mesures statistiques décrivant ce phénomène à la rubrique de la recherche sur les bébés. Les mains sont modelées très activement par les micromouvements de la langue.  L’écriture est un apprentissage au niveau des macromouvements mais qui n’est possible que dans la mesure où les mains ont déjà l’intelligence du fondement de la langue. Le regard aussi a un mouvement construit dans la langue orale, il continue à s’harmoniser avec la main grâce à l’écriture. La détente de l’enfant améliore l’ensemble de la coordination au niveau des micromouvements pour que les macromouvements de la main et du regard prennent forme.

La rencontre de l’écriture doit débuter avec une dimension importante en proximale pour évoluer vers un exercice plus distal. L’objectif est d’atteindre une écriture dans une perception en priorité distale comme dans la communication orale et qui garde une dimension « d’être toucher » grâce à l’alchimie qui se joue entre l’audition et la vue utilisées sur les deux modes proximal et distal.

La nécessité de la présence de l’autre pour l’apprentissage de l’oral est une évidence puisqu’on parle avec l’autre. Par contre pourquoi la présence de l’autre est-elle obligatoire pour l’apprentissage de l’écriture alors que  l’écriture s’exerce seul ?

On sait que certains enfants ont besoin d’une présence encore affective  pour les accompagner dans l’apprentissage de l’écriture. Cette présence qui revient à une communication avec une dimension proximale majeure, favorise les mouvements proximaux chez l’enfant. Mais la clef de la réussite de l’apprentissage de l’écriture en maternelle concerne au contraire le distal.

L’écriture en maternelle et  l’intégration des règles

De manière générale, la transmission des règles doit se faire sans affect et sans désir, l’adulte doit être ferme mais ne doit pas brouiller le message par son histoire personnelle. Si on comprend facilement cela au niveau du contenu des règles, c’est aussi une évidence dans la manière de les transmettre. L’enfant d’une personne à l’autre doit percevoir dans la voix et le visage un message constant qui caractérise les règles. Moins  la voix et l’expression du visage se laissent influencées par l’histoire personnelle plus le message est commun. Le registre de la transmission des règles est donc en priorité distal. L’enfant intègre les règles en percevant le visage et la voix de la maitresse par l’audition et par la vue distales et bien sûr toujours ancrées dans le proximal. La règle doit venir résonner jusqu’au plus intime.

C’est un exercice que l’enfant fait depuis qu’il est bébé quand il percevait en distal le système « voix-visage » de ses parents qui était modelé par la langue. Les ancêtres de la règle, sont les repères spatiotemporels construits en références au corps des parents (rythme du corps le matin, odeur du soir etc).  Le bébé a acquis une référence de repères spatiotemporels inscrits dans son corps.

Comme les parents, la maîtresse pose un cadre spatiotemporel qui organise la vie de la classe et qui place l’enfant dans un cadre régi par des règles. Les rythmes organisateurs du temps et de l’espace et les rythmes de la langue sont participatifs des règles organisatrices de l’ensemble du système. Le cadre existe à des niveaux d’organisation générale comme le rythme de la journée et à des niveaux plus spécifiques comme celui de l’exploitation de la feuille. L’acte d’écrire au cours de la maternelle puis en CP finit de consolider les repères spatiotemporels et l’intégration des règles qui a débuté dès la naissance. L’écriture est la finalité de  l’intégration subtile de la règle et du rythme social. Par l’écriture l’enfant acquière définitivement la notion du temps et de l’espace  dégagé du corps de la mère. L’écriture est un processus qui ne peut s’enclencher sans un certain niveau d’autonomie et qui est une étape incontournable pour avoir une place de sujet dans une culture. Maîtriser l’écriture de la langue signifie  gérer l’espace et le temps et atteindre un niveau d’intégration de la règle qui laisse libre l’enfant de s’intéresser au contenu au-delà de l’outil. Maîtriser l’écriture  c’est être inscrit dans les règles de la langue. S’il faut retenir une caractéristique de la période de maternelle, c’est la finalisation de l’intégration du processus d’obéissance. L’enfant n’a pas la connaissance de toutes les règles mais il est apte à obéir pour vivre en groupe et pour intégrer les apprentissages.

Au cours de l’apprentissage de l’écriture, le système perceptif proximal est de moins en moins sollicité en premier pour  laisser à la première place le système perceptif distal. Cette progression est parallèle à l’évolution de la forme du signe vers la norme. Plus l’enfant parvient à réaliser un signe en tenant compte d’une règle plus il s’inscrit dans la norme plus il relie son intimité à la norme. Le petit enfant vit beaucoup d’émotions dans la réalisation des traits puisqu’il est mobilisé globalement par le système perceptif proximal. Puis en grandissant l’enfant est capable de réaliser des signes avec un investissement personnel moindre en suivant les règles qui organisent la normalité. Il faut distinguer le moment de l’apprentissage où l’enfant est entièrement « pris » par la tâche d’écrire, il est emporté par le mouvement de l’exécution. Et le moment où il prend conscience d’une trace qui est immobile et qui est indépendante de lui. Cette trace est réutilisable et manipulable.  Il faut ce deuxième stade pour considérer que l’écriture est acquise. Ce stade est acquis si cette trace est perçue en premier en distal. Si la trace est trop perçue en proximale, elle est liée à des vécus psychiques qui touchent et elle n’est pas indépendante du contexte. Acquérir l’écriture signifie que l’enfant a intégré ce système de codes du langage  au niveau de la perception distale pour qu’il devienne un outil commun à tous. Autrement dit quand l’enfant écrit le « a » c’est un trait commun à tous qui n’est pas lié à ses émotions. Cette transformation nécessaire est dû au fait que le trait est manipulable et réutilisable.

« Apprendre à écrire pour s’approprier le goût des mots »

« Le goût des mots » évoque un réveil des sens qui fait vivre l’écriture. L’enfant se sent concerné par l’action d’écrire. Il se sent engagé. On ne se limite pas à une acquisition de l’exécution d’une tâche ou de connaissances mais une expérience globale au niveau de l’être. « S’approprier » signifie que l’enfant est un sujet actif et autonome qui dans un mouvement général d’apprentissage vit une expérience qui le renouvelle. C’est l’acte de s’approprier non pas les mots mais bien le goût des mots qui ouvre sur le sens de l’écriture pour soi et pour les autres.

L’acte d’écrire est réalisé par  la main et par le regard au commencement avec une perception proximale majeure. La sollicitation de la perception proximale mobilise les cinq sens, le goût, l’odorat, le toucher, la vue et l’audition et mobilise l’ensemble de la personnalité.  L’acte d’écrire instaure un lien entre une action maîtrisable par la main et le regard et une alchimie de l’ensemble des cinq sens en harmonisant  l’ensemble de la personnalité. Puis l’écriture se plie aux règles du groupe et de la langue pour se vivre aussi au niveau distal. Cette harmonisation qui scelle à jamais le proximal au distal dans le mouvement de la langue écrite, ouvre à l’enfant un accès à son intériorité qu’il peut  désormais en partie maîtriser ou au moins organiser par la langue. Chaque acte  d’écrire garde à jamais sa puissance organisatrice pour la personnalité.

Avant l’apprentissage de l’écriture, l’enfant partage ses émotions et ses sensations en parlant, l’expérience est dans l’instant. « S’approprier le goût des mots » permet à l’enfant d’écrire un récit en vivant des émotions proches de celles de la parole mais il n’a plus besoin d’interlocuteur. Ce sont les mêmes processus qui lui font découvrir le délice de la lecture silencieuse.

Conclusion

L’apprentissage de l’écriture est sans doute celui qui mobilise chez l’enfant les processus psychiques les plus complets et les plus complexes. Bien que la lecture n’ait pas été traitée dans cet article, la transmission de l’écriture et de la lecture sont indissociables comme le savent les enseignants. Cette étude veut attirer l’attention sur l’importance du rôle du système perceptif dans ces apprentissages, elle ne vient pas en concurrence avec les approches déjà existantes mais les enrichit. L’apprentissage de l’écriture décrit à travers le rôle du système perceptif,  met en évidence les effets organisationnels dans la personnalité de l’enfant et l’impact de la relation de la maîtresse.

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argumentaire livre

La collection  « Parle-moi d’amour »  montre à l’enfant comment le sentiment amoureux est présent dans nos  relations quotidiennes. La sexualité n’est pas un questionnement central chez les enfants,  ils la vivent de manière simple et spontanée. Ces livres se veulent donc rassurants et éducatifs. La sexualité est souvent réduite aux aspects anatomiques et biologiques, ici elle est abordée avec l’ensemble de la dynamique éducative qui touche aux relations, au respect de soi et des autres. Parce que la vie sexuelle touche au corps et aux émotions, l’enfant doit connaître les règles qui s’y rapportent.  La collection « Parle-moi d’amour » respecte les questionnements propres à chaque âge,  les trois ouvrages ont été construits en ayant chacun  leur indépendance et dans une globalité progressive.

Tome 1 : 3/5 ans. – Dans le livre 1, le parent est associé à l’enfant non lecteur par le jeu de questions (cf roues) et de volets à soulever. Ces questions permettront peut-être d’en déclencher d’autres chez l’enfant. Les images apportent la douceur et l’émotion nécessaires à toutes prises de parole des adultes sur le sujet.

Parce que la vie sexuelle touche au corps et aux émotions, l’enfant apprend les règles qui s’y appliquent. Ces règles sont celles qui gèrent la vie de tous les jours : respect de soi et respect des autres. Elles sont essentielles entre 3 et 5 ans. Le lecteur suit Margot et Gaspard dans leur vie de tous les jours, à l’école, à la maison ou à l’extérieur.

Les thématiques abordées dans les 8 double pages sont les suivantes :

1. Apprendre les mots du corps – 2. Observer les liens affectifs autour de soi – 3. Découvrir ce qui va changer à l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur – 4. Observer comment le futur bébé se développe dans le ventre la maman – 5. Apprendre à être un peu plus autonome (au moment du bain)  – 6. Discuter des règles et de ce qui se passe dans une cour d’école – 7. Qu’est-ce que la pudeur et le respect du corps de l’autre (à la piscine) – 8. Aimer : on aime à tous les âges.

Les tomes 2 et 3 sont rédigés directement pour les enfants lecteurs. Il est préférable en effet de laisser l’enfant découvrir lui-même ce qu’il cherche, sans forcer sa maturité. S’il a des questions, il pourra toujours les poser plus tard aux parents, s’il le désire.

Tome 2 : 7-8 ans.

Il s’organise autour de 5 chapitres : le corps, la vie intime, la famille, les filles et les garçons, faire l’amour et faire un bébé (dernier chapitre traité à part de façon plus documentaire).

Le dessin occupe autant de place que le texte.

L’enfant est mis en position d’acteur : Il se rend compte qu’il grandit – Il découvre l’importance du mouvement, du sport, des sensations et des émotions. – Il se découvre pudique dans son corps et ses sentiments – Il prend des initiatives (que sais-tu faire tout seul ?) – Il découvre l’importance de la famille, s’interroge sur la place qu’il occupe par rapport à ses frères ou sœurs, sur sa propre histoire et sur les différences entre les familles – Il apprend à décoder ce qu’il vit tous les jours : pourquoi les filles et les garçons sont-ils différents ? En quoi se ressemblent-ils aussi ? – Qu’est-ce qu’un ami ? Et l’amour ? Pourquoi est-ce si important ?

Tome 3 : 9-11 ans (avant la puberté).

Il contient quatre chapitres :

– Un chapitre sur le corps et les changements annoncés par la puberté. Est abordée aussi la différence des sexes : pourquoi naît-on garçon ou fille ? En quoi la société influence-t-elle nos comportements ? En quoi les filles et les garçons sont-ils différents ? En quoi se ressemblent-ils ?

– Le chapitre 2 est consacré aux questions autour de l’image et du rapport à l’autre :  Qui suis-je ? Que me dit mon apparence ? Quelle image veut-on donner de soi ? Comment prendre soin de soi ? Qui sont les autres ? Qu’est-ce qui m’attire chez l’autre ? Quel rôle joue Internet aujourd’hui ? etc.

– Le chapitre 3 explore quelques facettes de l’amour, à l’âge où l’on croit encore aux idéaux mais où l’on sait aussi en découvrir les pièges. Est-ce facile de définir l’amour ? A quoi ressemble le sentiment amoureux ? Comment sait-on si on est amoureux ? Pourquoi est-ce bon de dire son amour ? Comment en parler ? Quelles sont-les plus belles histoires d’amour ?

– La sexualité des adultes est traitée dans un chapitre 4 à part pour que l’enfant y puise à son rythme ce dont il a besoin à son niveau. Qu’est-ce que le désir ? Que veut dire faire l’amour ? Quel est la place de la tendresse ? Choisir d’avoir des enfants. Qu’est-ce que le préservatif, la pilule ? L’avortement? Tout le monde peut-il avoir des enfants ? Comment le bébé grandit-il dans le ventre de la maman ? Comment se passe la naissance ?

L’enfant puise les informations dont il a besoin

L’annexe présente l’interdit de l’inceste et de la pédophilie.

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résumé des resultats et des applications

La synthèse des résultats présentée ci-dessous concerne des bébés, venus tous les mois de 3 mois à 9 mois. Ils sont installés dans un transat en face de leur mère pendant environ 10 mn.

Evolution du bébé sans trouble entre 3 mois et 9 mois selon sa perception proximale et distale.

Entre 3 mois et 9 mois, le bébé s’approprie son corps de plus en plus activement et de manière variée.


Entre 3 mois et 9 mois, la quantité de mouvements échangés par le bébé et sa mère en mode proximal est constante. L’enveloppe qui s’est organisée dans les tous premiers moments de la vie, n’évolue plus.

L’enveloppe proximale s’enrichit à partir de 4 mois de manière significative de rythmes distaux. A partir de cet âge, le bébé semble apte à une bonne transmission des macromouvements, ce qui signifie une bonne comodalité de l’audition et de la vue en distal. Ce critère qui évolue de manière significative entre 3 mois et 9 mois, est pertinent pour suivre l’évolution du bébé.

Etude de la communication distale entre le bébé et sa mère (macromouvements)

Ce mode perceptif est celui utilisé dans le décodage du “système voix-visage”. Si on facilite chez un bébé une perception comodale distale selon la vue et l’audition, comme avec une chanson « Fontfont », le bébé améliore sa production de rythmes. Ceci montre le lien direct entre la perception distale et comodale de l’audition et de la vue et la production du rythme. Ce mode perceptif est celui utilisé dans le décodage du “système voix-visage”.

En interaction avec sa mère, le bébé produit de nombreux rythmes avec les pieds entre 4 mois et 7 mois pour ensuite abandonner un peu cette activité. Il produit moins de rythme avec les mains dans cette période centrale par contre il maintient une activité importante ensuite. Il semble que les vocalises évoluent régulièrement vers une activité croissante, évolution qui correspond à la place centrale de la voix dans la communication. Contrairement à l’activité des pieds, l’activité des mains et des vocalises augmente pour se préparer à parler ensemble.

Effets de l’hospitalisation précoce sur la mise en place du système perceptif

Les bébés qui ont subi une maladie aigüe avec une hospitalisation précoce montrent un retard global dans les processus d’appropriation du corps bien qu’ils rattrapent légèrement ce retard.

On remarque que les mères initient à 92% (au lieu de 80%) la communication proximale et pourtant la quantité de contacts en proximal reste plus faible que les bébés sans trouble. Il est remarquable de constater qu’elles ne parviennent pas à faire évoluer cette communication. Ceci suggère que la mère et le bébé n’ont pas un accordage optimum. Cette idée est confortée par le fait que la base de l’accordage est l’enveloppe proximale. Ceci signe sans doute un traumatisme provoqué par l’événement soudain de l’hospitalisation précoce. Ce traumatisme diminue la capacité d’accordage proximal de la mère et freine le développement de l’enveloppe proximale du bébé.

On remarque une très bonne valeur de transmission rythmique distale après 7 mois, valeur supérieure à celle des bébés normaux.

Ce résultat est d’autant plus étonnant que dans les mois précédents le bébé développe moins la communication distale que les bébés normaux. Cette situation peut être comprise de la manière suivante.

Ces bébés qui ont subi une hospitalisation, ont été obligés d’intégrer des macromouvements distaux avec les soignants avant les bébés normaux. Cette communication ne devient efficace qu’à partir de 7 mois parce qu’elle est sans doute dépendante du système de l’enveloppe proximale. Il semblerait que le bébé ne peut utiliser le système de décodage par les rythmes distaux qu’à condition que le système complexe de l’enveloppe proximale ait atteint un certain niveau de développement. Ce n’est que quand l’enveloppe proximale est à maturité (après 7 mois) que la communication distale est meilleure que chez le bébé sans trouble.

Ce résultat montre comment un traumatisme comme une maladie aigüe accompagnée d’une hospitalisation précoce, peut entraver une bonne évolution de l’enveloppe proximale et de l’accordage. Malgré cela, la perception comodale en distal de la vue et de l’audition peut se mettre en place. Mais l’usage de ce système de décodage en distal n’est possible qu’à un certain niveau de maturité de l’enveloppe proximale.

Développement spécifique du système perceptif chez les bébés prématurés

La cohorte des bébés prématurés se distinguent par le fait que la quantité de mouvements dans l’interaction proximale augmente en entrainant avec elle une augmentation importante des processus d’appropriation du corps du bébé et de la transmission du rythme distal. Il est fondamental de remarquer que toutes les valeurs augmentent en même temps et dépassent les valeurs des bébés sans trouble. Cette évolution parallèle n’existe pas chez les bébés sans trouble. Ceci exprime une dépendance de l’enveloppe rythmée du bébé prématuré avec l’enveloppe rythmée de la mère qui a pour effet de dépasser les valeurs des bébés sans trouble. Cela signifierait que le bébé prématuré pour poursuivre le travail de comodalité a besoin de faire résonner fortement son enveloppe rythmée avec celle de la mère. Ceci fait penser à la situation in utero où en permanence le bébé baigne dans le rythme de la mère. Cette situation serait due à la défaillance de la comodalité de l’audition et du toucher in utero, arrêtée par la prématurité.

Les valeurs importantes montrent la présence d’un accordage très dense pour réparer ce que la prématurité a entravé. Cette dépendance du bébé au niveau de l’enveloppe rythmée peut compliquer les processus de séparation.

Il est remarquable de constater que le bébé prématuré sait entrainer la mère dans un accordage dense (qui fait penser à une situation in utero) qui lui permet de rattraper le retard avec de bonnes performances.

Bébés épileptiques avec syndrome de West (3 mois à 9 mois)

Pour les bébés épileptiques avec syndrome de West, les processus d’appropriation et d’unification du corps et les processus de communication proximale et distale ne montrent pas d’évolution significative en fonction de l’âge. Bien que les valeurs de l’appropriation du corps, de la communication proximale et distale soient du même ordre de grandeur ou plus élevé que ceux d’un bébé sans trouble, l’observation clinique montre que les mouvements du bébé sont répétitifs et simples. Cette absence de variété dans les mouvements explique l’absence d’évolution. Ceci correspond à une fermeture chez le bébé. De plus, il y a un retard par rapport aux autres cohortes pour la communication distale. Les mères initient beaucoup les mouvements de communications (90%) et cela n’a pas d’effet puisque l’enveloppe rythmée du bébé ne peut s’harmoniser avec celle de la mère. Pour ces bébés épileptiques avec syndrome de West, on ne constate pas d’évolution des critères de la mise en place du système perceptif.

APPLICATIONS DU MODELE DU SYSTEME PERCEPTIF

· L’organisation des 5 sens avec un niveau proximal et un distal ouvre des pistes de recherche sur le système perceptif.

· La perception proximale et l’enveloppe proximale sont des accès pour penser la capacité d’être dans une relation.

· La modélisation de la mise en place du système perceptif apporte une compréhension de la construction du bébé et de sa communication.

· Penser la globalité du système perceptif permet un meilleur développement des compensations pour les bébés sourds et les bébés aveugles.

· Le modèle appliqué à diverses pathologies chez le bébé, permet de mieux comprendre les impacts de ces pathologies sur la qualité de la construction du bébé et de sa communication.

· Ce modèle ouvre un champ de prospection particulièrement fécond au sujet de l’autisme tant sur des hypothèses génétiques que sur le renouvellement clinique.

· Pour tous les enfants qui ont des troubles graves du langage, ce modèle rend plus efficace les prises en charge quelle que soit la spécificité.

Conclusion de l’étude

Les résultats statistiques dans le cadre du modèle de la mise en place du système perceptif ouvrent de nouvelles pistes sur la construction du bébé et sa communication. L’étude approfondie du rythme éclaire finement sur la communication du bébé au niveau de ses mains, ses pieds et sa vocalise. Sans doute l’observation du rythme chez un bébé entre 3 mois et 9 mois peut être un indicateur d’une bonne évolution.

Ce travail montre la pertinence de conceptualiser le système perceptif en deux sous-systèmes, le proximal et le distal, pour mieux penser la communication perceptive. Par cette étude de nouveaux concepts ont été établis, nous retenons tout particulièrement :

• Le rôle des perceptions proximale et distale et leurs interactions.

• Le rôle organisateur des rythmes dans la communication distale.

• Dans l’accordage, l’importance de l’harmonisation des deux enveloppes rythmées au niveau proximal pour permettre une communication au niveau distal.

Les résultats de cette étude sont très précieux pour développer une meilleure prévention auprès des bébés qui sont confrontés aux situations suivantes :

• La prématurité.

• L’hospitalisation précoce à la suite d’une maladie aigüe.

• L’atteinte neurologique comme le syndrome de West.

• La communication des bébés dont la mère a un handicap visuel.

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This blog presents a model of the perceptive system which aims to improve our understanding of preverbal communication. This model can lead to numerous applications.

Valérie Combes Desjardins is a clinical psychologist and psychotherapist, working in private practice in Paris. Her sources of inspiration include the works of Donald W. Winnicott, Piera Aulagnier, Joyce MacDougall and Pascal Quignard. Her clinical practice is devoted mainly to children with autism, psychosis and serious language disorders.

During therapy with children suffering from communication disorders Ms. Desjardins experienced phenomena which had never been described before in the literature. Indeed, she observed that although the children were progressing in a remarkable way, she was unable to describe what was happening.

In 2003, she launched a research project on language precursors which eventually led to the development of a model of the construction of the perceptive system. The novelty of this approach stems from the specificity of her long clinical experience with babies. The model provides a conceptual basis to understand communication as a manner of being, not just doing.

This model of the perceptive system is a complement to classical theories. It is based on an approach that recognizes the crucial input of scientific advances in genetics and neuroscience. Indeed, only by collaborating among disciplines can we hope to help these children reach out to the world.

Research 2004 – 2008 : PILE  programme (International Programme for Child Language) Valerie Combes Desjardins initiated the PILE programme  (Hôpital Necker-Enfants Malades, Paris, France)

Statistical Analysis of Mother-infant (3 to 9 months) Perceptive System Communication

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Scénario du film : Dévoilement de l’étrangeté

L’ambiance du film est donnée par le poème  »L’origine de la parole  » d’Yves Bonnefoy.

La lumière était si intense ! Réverbérée de partout, refluant des dalles et des murs, des voûtes même, des palmes, elle décolorait les êtres, les choses, brûlait leur ombre : rien donc en ce qui existait là, périssait là, n’indiquait plus qu’il y avait de la matière sous l’apparence, n’en accusait plus le hasard, on eût dit le présent sans fin, l’espace sans ici ni ailleurs, les essences seules à être dans leur ample bruissement clair d’air qui monte en vibrant au-dessus d’un feu.

Et je comprenais que l’été est le langage. Que les mots naissent de l’été comme laisse un serpent derrière soi, à la mue, sa fragile enveloppe transparente. Que ce n’avait pu être qu’au sud, dans les miroitements du sel sur le roc – et ces buissons ardents ! et ces grands orages, qui errent…- qu’on avait inventé les mots, et par eux l’absence ; qu’on avait rêvé la parole.[1]

Le film est construit en trois temps différenciés par le choix des musiques.

  • Premier temps
    • Musique de Wagner écrit à l’occasion de la naissance de son fils Siegfried
    • « Siegfried Idyll »
    • personnages  : le père, la mère, le bébé
  • Deuxième temps
    • Musique de Leos Janacek, Quatuor à cordes  » Lettres intimes », 2ème mouvement
    • personnages : la mère le bébé
  • Troisième temps
    • Musique de Pierre Boulez , Dérive 2
    • personnage : le bébé éveillé vers son monde
  • Quatrième temps
    • Musique de Pierre Boulez, Dérive 1
    • personnage : le bébé s’endort.

Premier temps

Wagner, « Seigfreid Idyll »

Ambiance jouissive, ronde de toute part.

Le film commence dans un paysage, très chaud, à midi, forte lumière, bruit de cigales.

On rentre dans une maison fraîche. Nous sommes extérieurs à la scène comme le père qui est extérieur à une scène où la mère est avec le bébé. Elle est torse nu pour donner la tétée, seins rebondissant, nouvelles formes de corps, plus rondes, nouveaux désirs sexuels du père.

« Accueille-moi intensément  mais distraitement,

Fais que je n’ai pas de visage, pas de nom

Pour qu’étant le voleur je te donne plus

Et l’étranger l’exil, en toi, en moi

Se fasse l’origine…-

[2]

Mais le père n’est pas invité par ce nouveau couple, monde inaccessible et attirant, les entourer,  les protéger et les laisser pourtant plein d’envie pour celle qu’il aime et ce qu’ils  vivent tous les deux

Oui par toi – arrêté

Au gué du ciel,

Foudre, robe entrouverte

Sur l’abondance de la terre aux fruits obscurs

[3]

Un baiser du père pour donner le rôle au bébé.

Seuls le bébé et la mère existent.

On remarquera que dans ce film, la mère n’a jamais le premier rôle, une absence d’elle-même qui permet à vivre pleinement l’ensemble.

Deuxième temps

Ambiance sur le même ton que le début et qui petit à petit va laisser venir angoisse, défaillance…

Tendresse, caresses, bercements

Tétée avide, bonheur des deux visages, bonheurs des deux corps

Oui, par le corps

Dans la douceur qui est aveugle et ne veut rien

Mais parachève

[3]

Puis visage de la mère qui se relève, regard au loin, main qui s’affaisse, bras qui tient moins bien, de manière imperceptible

Quelle pâleur te frappe, rivière souterraine, quelle artère en toi se rompt, où l’écho retentit de ta chute ?

Ce bras que tu soulèves soudain s’ouvre, s’enflamme. Ton visage recule. Quelle brume croissante m’arrache ton regard ? Lente falaise d’ombre, frontière de la mort.

Des bras muets t’accueillent, arbres d’une autre rive.

……………………………………………………………

La musique saugrenue commence dans les mains,   dans les genoux, puis c’est la tête qui craque, la musique s’affirme sous les lèvres, sa certitude pénètre le versant souterrain du visage.

présent se disloquent les menuiseries faciales. A présent l’on procède à l’arrachement de la vue

[4]

Troisième temps : Intériorité du bébé : Derive 1mots-bebe-couleur

Réalisation d’images en écoutant Dérive 1 (cf commentaire en bas de page ) et en fonction des mots suivants qui évoquent le monde du bébé.

Quatrième temps: Dérive 1

Le sommeil efface les sensations et les affects.

Passage de l’intériorité du bébé à son visage puis à une ambiance cosmique et universelle.

Finalement      [5]

C’est la dernière neige de la saison,

La neige de printemps, la plus habile

A recoudre les déchirures du bois mort

Avant qu’on ne l’emporte puis le brûle

C’est la première neige de ta vie

Puisque, hier, ce n’étaient encore que des taches

De couleur, plaisirs brefs, craintes, chagrins

Inconsistants, faute de la parole.

Et je vois que la joie  prend sur la peur

Dans tes yeux que dessille la surprise

Une avance, d’un grand bon clair : ce cri, ce rire

Que j’aime, et que je trouve méditable.

Car nous sommes bien proches, et l’enfant

Est le progéniteur de qui l’a pris

Un matin dans ses mains d’adulte et soulevé

Dans le consentement de la lumière

[1] Yves Bonnefoy, L’origine de la parole

[2] Yves Bonnefoy, extrait de « Deux barques », Dans le leurre du seuil

[3] Yves Bonnefoy, extrait de « L’épars, l’indivisible », Dans le leurre du seuil

[4] Yves Bonnefoy, extrait de « Théatre », Du mouvement et de l’immobilité de Douve

[5] Yves Bonnefoy, extrait de « Le tout, le rien », Début et fin de la neige

Présentation musicale « Dérive 1 et Dérive 2 », durée 15 mn

Dérive 1 : Composition 1984, création à Londres le 8 juin 1984, par le London Sinfonietta, dirigé par Olivier Knussen ; effectif : flûte, clarinette, vibraphone, piano, violon, violoncelle ; éditeur : Universal Edition.

« Je prends quelque fois un fragment d’une œuvre aboutie, explqiue Pierre Boulez, mais un fragment qui n’a pas été utilisé, ou que ne l’a été que très sommairement, et je le greffe, pour qu’il donne naissance à une autre plante. Ce sont des pièces qui sont des sortes entre des œuvres plus longues, et souvent, je m’y concentre sur un problème donné. »Lente et courte élégie pour six instruments, Dérive 1 dévoile l’approche singulière de la composition musicale qui a toujours été celle de Pierre Boulez, par transplantation, refontes et développements successifs ou parallèles (ce que le compositeur désigne volontiers sous le terme général de « prolifération »). Composée à partir d’une suite de six sons tirés de Messagesquisse et qui avait déjà nourri Répons, l’œuvre tire de ce modeste réservoir une suite de six accords inlassablement égrenés, accouplés et multipliés. L’œuvre prend la forme d’une lente marche inexorable et incertaine, où de perpétuels groupes de petites notes se superposent, se croisent ou se répondent, rebondissement souplement sur un fond harmonique en tenues (entretenues souvent par des trilles), donnant ici et là naissance à de longues arabesques mélodiques.

L’œuvre révèle deux parties. La première, marquée « très lent, immuable », déroule un tapis harmonique insensiblement mouvant, orné des délicates volutes formées par des groupes incessants de petites notes. De cette perpétuelle ondulation sonore émergent à distance irrégulière des notes d’appui qui offrent à l’oreille un pôle momentané et dessinent une ligne mélodique longuement étirée. Dans la seconde partie, qui présente un élargissement progressif du tempo auquel succède un resserrement ramenant au tempo initial, la mélodie prend le pas sur l’harmonie.

Alain Galliari, mars 2001

Dérive 2 : Composition 1988-1993, création (de la première version) à Milan le 21 juin 1990, par l’EIC, dirigé par Pierre Boulez ; effectif : cor anglais, clarinette, basson, cor, marimba vibraphone, piano, harpe, violon, alto, violoncelle ; éditeur : Universal Edition

Plus qu’aucun autre titre, Dérive exprime bien le principe de germination qui caractérise la pensée musicale de Pierre Boulez. Reprenant souvent un fragment d’œuvre ancienne qu’il greffe pour donner « naissance à une autre plante ».

Etude sur les périodicités, Dérive 2 explore de façon systématique les décalages rythmiques, les superpositions de vitesses différentes, les changements de tempi, en référence aux recherches menées sur le temps musical et la polyrythmie aussi bien par György Ligeti qu’Elliott Carter. « En réfléchissant à certaines pièces de Ligeti, écrit l’auteur, j’ai ressenti le besoin de me consacrer à un travail presque théorique sur le problème des périodicités … ; et j’ai pu découvrir des phénomènes rythmiques qui ne me seraient jamais apparus spontanément. »

En deux parties jalonnées par la signalétique sonore du cor bouché qui revient par trois fois, Dérive 2 entretient, dans une texture continue, des microcosmes de patterns (cellules) rythmiques et d’ostinatos paradoxaux trouvant dans la coda – extrêmement rapide en style de toccata- leur aboutissement final

Eurydice Jousse

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La vierge à l’enfant

Une métaphore pour la recherchevierge-klee2

La métaphore, cœur de PILE, est une peinture de Paul Klee : La vierge et l’enfant

Nous appliquons les idées de Pascal Nouvel (L’art d’aimer la science, Puf) qui pose la métaphore comme le moteur de nouveaux concepts :

« le concept né d’une métaphore, une fois son pouvoir établi, acquiert une autonomie presque contraignante (une sorte de réalité), une certaine façon de poser le regard et de diriger l’attention s’affirme et se renforce par lui. Ce concept est une indication du « voir comme » qui s’annonçait à l’état naissant dans la métaphore. « 

la métaphore : « en elle se conjoint une connaissance et un plaisir, c’est que par elle de nouvelles pensées sont aperçues »

En regardant la représentation de la « Vierge et l’enfant » de Paul Klee, les linéaments qui semblent construire le corps du bébé, enveloppent aussi le corps de la Vierge. On peut imaginer que ces linéaments circulent à l’extérieur comme à l’intérieur des deux corps. Ce tableau est la métaphore de la communication au début de la vie. Puis les linéaments progressivement prennent forme et s’organisent autour du centre du bébé alors que celui-ci grandit. L’émergence de la parole est ce moment où les linéaments enrichis de l’intériorité de l’enfant sont lancés vers la mère.

Au cours de la vie, la parole peut être figurée comme lancée par la circulation des linéaments. Ces linéaments en circulation s’installent dans la relation et selon leur qualité de plasticité se laissent modeler par l’affect. La parole touche d’autant mieux que l’affect est bien interprété par les mots issus de  la souplesse des linéaments qui modèle l’être dans sa profondeur.

Le bébé est pensé avec une ouverture au monde plus ou moins grande et complexe dont le contact n’est pas l’enveloppe corporelle mais un mouvement incessant des linéaments qui relie extérieur et intérieur. Cette idée veut faire abandonner une enveloppe immobile qui protège comme parexcitation. Ainsi nos limites protectrices ne sont pas à la limite de nous mais un mouvement incessant sans relâche entre nous et le monde. Lorsque « l’être » ne peut pas être la source du lancement des limites, alors le sujet s’agrippe à des sensations immobiles.

Puisque nous travaillons avant la pensée et le langage, l’espace et le temps n’existent pas comme ce que nous connaissons lorsque nous avons un corps. Le temps et l’espace sont potentiellement dans les linéaments en mouvement puisque mathématiquement c’est une vitesse, c’est-à-dire des mètres par seconde. L’existence du corps reste à ce stade de vitesse par contre la représentation du corps nécessaire à la pensée et au langage se construit dans un espace et un temps.  Ce modèle entraîne une autre manière de vivre la parole : une bonne circulation des formes est une garantie de l’installation du spatio-temporel et de la mémoire. Dans les souvenirs, la circulation des formes contient le corps passé émotionnel qui colorie la mémoire. Si la circulation est bonne, le sujet vit centré dans ses émotions et ses sensations, ainsi l’histoire, la pensée sont proches du corps. Le corps évoluant, vieillissant, l’histoire s’inscrit linéairement car le corps marque les repères spatio-temporels. Si l’angoisse de mort ou la charge sexuelle, nouent les linéaments circulants qui forme le corps, l’histoire s’embrouille car le corps est immobilisé, le temps n’existe plus. Le sujet doit alors parler à un autre pour transformer son corps et écrire son histoire.

La Vierge ne regarde pas son enfant, les jeux des regards ne sont pas figurés. Par contre dans ces deux autres peintures, Paul Klee insiste sur la présence des yeux au milieu des linéaments. Une manière de nous questionner sur le rôle du regard dans la circulation des linéaments.

Une réflexion sur le regard et la parole est proposée à partir de la situation amoureuse.

La relation amoureuse

Sauf exception, une relation s’amorce par un échange de regard – furtif on se quitte – quand l’échange de regard promet une continuité, on éprouve le besoin de parler.

Si la parole reste absente, l’échange de regard peut déclencher une ouverture vertigineuse ; si ces deux personnes ont une attirance amoureuse mutuelle, le vertige se transforme en plaisir. Il faut élargir « attirance amoureuse mutuelle » aux plaisirs du réveil des vécus archaïques toujours très chargés d’érotisme. Ce gouffre implosif où l’on se perd, est évité par la parole mais aussi la danse des mains dans l’espace entre les deux êtres qui communiquent ainsi que les expressions de visage et de corps (la danse).

Pour comprendre ce qui se passe au début de la vie, il faut raisonner avec la situation amoureuse. Le regard sans parole ouvre les formes, ce mouvement apporte du plaisir sensuel sans engager l’être. Par contre une émission de parole recentre sur l’être tout en adressant un message vers l’autre. Un regard amoureux associé à une parole d’amour, est un engagement dans l’altérité puisque les deux coexistent.

Ce n’est pas le regard qui déclenche la parole mais c’est la nécessité de redevenir soi et dans un deuxième temps rejoindre l’autre. Le regard rapproche infiniment, la parole recrée une séparation. La parole organise la circulation des formes autour de soi tout en envoyant un message à l’autre pour le retrouver mais elle ne parviendra jamais à la sensation de plaisir du regard dans la proximité.

Le long travail psychique du bébé pour atteindre la parole, est surtout la mise au point de cette circularité des formes autour de lui (qui passent en lui) pour ne pas se perdre en l’autre.

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