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Un robot de compagnie : valoriser l’humain sans l’imiter.

Le vieillissement de la population pose la question de l’assistance aux personnes âgées dépendantes. Les progrès de la robotique laissent espérer l’arrivée prochaine de robots dits d’ « aide à la personne », permettant l’automatisation d’un certain nombre de tâches d’assistance. Mais, la cohabitation au quotidien avec un robot doué de la parole soulève des questions de nature psychologique. Si elles ne sont pas appréhendées correctement, elles conduiront à une impasse. Il faut en effet s’assurer que l’usager, dans le tête-à -tête avec le robot, préserve l’expression de son humanité.

On trouve aujourd’hui en France des capacités remarquables en robotique qui pourraient conduire à de réelles avancées dans le domaine de l’aide à la personne en s’appuyant davantage sur la psychologie, non seulement  comportementale, mais aussi issue de la clinique. Les possibilités et les limites du langage chez le robot pourraient en particulier être mieux comprises en s’appuyant sur la clinique des enfants autistes : celle-ci met en effet en évidence une modélisation de l’acquisition de la parole centrée sur le système perceptif.

Entre humains, communiquer repose sur le décodage de perceptions vocales et corporelles – infra verbales – dont la dimension émotionnelle nuance et complète la compréhension consciente. L’infra  verbal, moins maitrisable, crée dans la conversation des zones d’ombre qui sont sujettes à interprétations. Habituellement, les interprétations s’ajustent  progressivement à la réalité au fil de l’échange. Si cet ajustement ne se produit pas, chaque interlocuteur se représente l’autre en s’éloignant d’une réalité commune.  C’est ce qui risque de se produire entre un robot, dépourvu de capacité infra verbale, et un usager : la mésentente, au sens littéral du terme, peut s’installer et le premier peut même être perçu comme persécuteur par le second.

Paradoxalement, en se rapprochant de la forme humaine, le robot accroît sa faculté à devenir persécuteur. Il convient par conséquent de ne pas tomber dans le piège du robot androïde (automate à forme humaine) qui place abusivement l’usager dans un référentiel de communication humaine. Il faut à l’inverse trouver une forme capable de se mouvoir dans notre environnement tout en banalisant cette situation étrange où l’usager est en conversation avec une machine. Une forme de kangourou constituerait par exemple un bon compromis : les deux pattes et la queue procurent une grande stabilité compensée par un haut du corps fin et mobile.

Immobile, le robot se soustraira, comme nos objets familiers, à notre regard. Seuls les êtres vivants, animés en permanence de micro mouvements, ont la capacité d’attirer notre attention lorsqu’ils sont au repos : on détourne son regard d’un chat assoupi. La forme du robot, dès lors qu’elle ne se veut pas androïde, n’est donc pas le vecteur premier d’établissement du contact. A l’inverse, la voix robotisée peut être le média qui structure la relation. Sans chercher à ressembler à une voix humaine, elle doit être agréable, tout en rassurant l’usager sur le statut de machine du robot. Le langage conseillé est la forme passive : « le repas est servi, l’aspirateur sera passé dans 5 mn ». Le « je » et le « tu » sont à éviter pour ne pas projeter l’usager dans un leurre de relation humaine.

En réalité, pour garantir une relation homme-machine durable, le robot doit valoriser l’usager dans sa dimension humaine. Ainsi, l’objectif ne doit pas être d’affranchir par principe l’usager de toutes ses tâches quotidiennes : celui-ci doit pouvoir définir le rôle et la configuration de son robot. Prenons un exemple extrême : comment aider une personne qui vient de chuter ? L’angoisse, majeure dans cette situation, se trouvera dissipée si l’usager a le sentiment de conserver la maîtrise de la situation : le robot  devra, avant d’agir, poser des questions pour solliciter une parole responsable et aider l’usager à bouger. Il contactera ensuite un médecin et l’action consistant le cas échéant à aider l’usager à se relever n’interviendra qu’à la fin. Si la primauté est donnée à la parole plutôt qu’à l’action, le robot aura une meilleure compréhension des situations avant d’agir et, surtout, l’usager sera stimulé positivement en voyant son autonomie sollicitée.

Ces quelques pistes montrent comment la psychologie appliquée à la conception du robot – qu’il s’agisse de sa forme, de son système perceptif ou de son interaction avec l’usager – peut contribuer de manière décisive à une introduction réussie de la robotique dans notre vie quotidienne. En particulier, les modélisations développées par les psychologues cliniciens de l’autisme peuvent permettre à une optimisation tenant compte des processus mettant en jeu perception, pensée et parole, tout en se pliant aux contraintes technologiques propres à la robotique.

Un robot ne sera jamais un androïde qui peut converser de manière vivante et agréable selon un simulacre de relation humaine. Mais il peut apporter à l’individu beaucoup plus qu’une simple aide ménagère, en stimulant chez lui ses capacités et sa recherche d’autonomie. La volonté de rester autonome est liée au désir de vivre. Celui-ci ne peut naturellement trouver sa source dans le seul contact avec un robot. En permettant à une personne âgée de vivre plus longtemps dans son environnement familier grâce au maintien de son autonomie, le robot peut en revanche alimenter l’envie de vivre. L’introduction auprès de la population âgée de robots dimensionnés en fonction des critères psychologiques qui viennent d’être sommairement décrits apportera ainsi une contribution importante au problème de société majeur que pose le vieillissement démographique.


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