Archives de Tag: contact du regard

Infraverbal et verbal pour communiquer avec l’enfant autiste

La première chose qui frappe chez l’enfant autiste est l’impossibilité d’entrer naturellement en communication avec lui. Très vite aussi, il apparait qu’il souffre d’un trouble grave de la personnalité. Pour mieux comprendre ce qui réellement soigne ces enfants, la communication doit être privilégiée comme axe de réflexion.

La communication se décompose à deux niveaux, celui du verbal et celui de l’infra verbal. Le verbal est l’information perçue de manière consciente dans l’échange. Maîtrisable, il permet de contrôler directement l’échange. Complémentaire, la communication infra verbale positionne de manière vivante l’interlocuteur dans le temps et l’espace de la rencontre. Elle transmet les codes qui permettent de capter la dimension émotionnelle de la parole. Tous les enfants autistes sont caractérisés par une déficience de l’infra verbal ce qui n’empêche pas certains d’avoir l’usage du verbal. Normalement, la présence d’un interlocuteur est établie par la captation de signaux émis par le regard, la voix et l’ensemble du corps. Ces informations, traitées au niveau infra verbal, sont perçues de manière immédiate par le truchement des cinq sens coordonnés. C’est exactement le processus qui émeut lorsqu’on écoute de la musique ou qui rend sensible à l’esthétique d’une œuvre d’art. L’enfant autiste ne peut en revanche ‘’se brancher’’ ainsi instantanément sur l’autre, car son système perceptif déficient ne capte pas ces signaux. L’infra verbal est une communication corporelle qui mobilise l’intégralité de la personne. Il se met en place dès l’embryogenèse et organise la communication du bébé avant que la parole n’émerge. La construction de l’infra verbal est influencée par des facteurs génétiques, mais elle est surtout sensible au milieu physiologique qui dépend lui-même du contexte relationnel. Pour soigner l’enfant autiste, les méthodes éducatives et pédagogiques travaillent essentiellement au niveau verbal, tandis que les approches corporelles et ludiques, au même titre que les psychothérapies, développent surtout l’infra verbal. Le verbal, soumis aux règles linguistiques, ouvre l’enfant vers l’extérieur en le structurant dans la normalité, alors que l’infra verbal met, par l’implication corporelle, l’enfant en relation avec lui-même et avec l’intime de l’autre. En réalité, les deux niveaux sont indissociables. Plus une technique éducative est appliquée par le soignant avec amour et créativité, plus l’information transmise est liée à l’infra verbal. Pour l’humain, une information est toujours reçue dans un contexte affectif, la répétition n’existe pas car la dimension corporelle modifie constamment le contenu de l’échange : c’est ce « presque pareil » qui construit l’enfant autiste. Il est donc conseillé, avec des méthodes codifiées et rigoureuses, de stimuler l’infra verbal en valorisant les particularités de chacun. Par ailleurs, la subtilité et la complexité de l’infra verbal requièrent une relation avec un thérapeute, dégagée de toute contrainte, où l’enfant mène la danse pour se rencontrer au plus intime : ni passé, ni futur, mais une présence dans l’instantanéité de la séance pour qu’émerge une connivence créative. Le thérapeute doit être dans la perception du corps de l’enfant en restant attentif aux mouvements pour déclencher des processus restés inhibés lors de la vie in utero. Ainsi, l’enfant vit des expériences construisant pas à pas un système perceptif infra verbal qui l’ouvre à lui-même et à l’autre dans la différence. Ces transformations fonctionnent si le thérapeute a la capacité de se représenter, séance après séance et en deçà de la pensée, l’historique du rapport à la réalité de l’enfant autiste. L’efficacité des thérapies d’une part, et des méthodes pédagogique et éducative de l’autre, vient de la combinaison de l’infra verbal et du verbal chez l’adulte soignant. Cette combinaison rend les deux approches structurantes pour l’enfant, il est par conséquent bénéfique de mener en parallèle des prises en charge variées. Si les constructions déclenchées chez l’enfant par la thérapie restent lentes (elles agissent en effet au cœur de la personnalité mobilisée dans sa totalité), les méthodes éducatives, qui travaillent sur des éléments partiels, donnent des résultats plus rapides. Elles créent de premières ouvertures, mais l’enfant est vite limité dans son développement, si un travail thérapeutique en profondeur n’est pas conduit en même temps. Notre devoir est de sortir les enfants autistes de leur enfermement et de souffrances indicibles afin qu’ils tentent de construire une vie affective fondée sur l’autonomie, le désir et la culpabilité. Ceci n’est possible qu’en les pensant acteurs de leur vie capables d’accéder à une intelligence profonde de leur être sans en rester à la simple stimulation de leurs capacités intellectuelles en vue d’une adaptation sociale.

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le corps dans la rencontre

L’autisme est le paradigme du dysfonctionnement de la communication. La communication est altérée depuis le début de l’embryogenèse où l’information ne circule pas normalement. Cette altération  empêche la construction de la personnalité. Chez le bébé, la relation est première avant l’existence d’un sentiment d’exister.

Désirer rencontrer est aussi essentiel que désirer exister. Comment parvenir à rencontrer un enfant autiste ou un enfant qui a des troubles de la communication où rien ne favorise l’échange ?

Alors qu’habituellement, la communication s’installe naturellement, il faut là volontairement modifier notre disposition à communiquer. L’attention doit être portée uniquement sur une transformation corporelle. Avant la pensée, le corps est le moteur de cette rencontre. La parole se modifie mais elle n’est que le résultat d’une présence corporelle adaptée aux enfants qui ont une incapacité à communiquer.

Pour cela il faut travailler à deux niveaux :

  • la communication avec soi-même
  • la communication avec l’autre

Elles sont complètement liées.

La communication  avec soi-même doit être stable et centrée.  il faut favoriser une bonne circulation de l’énergie par exemple en amplifiant la respirationIl faut se dégager de toutes pensées personnelles. La pensée doit être centrée sur la relation et sur l’enfant. 

il faut que la communication avec l’autre sollicite sa globalité, en étant vigilent à un certain usage de la perception. Il faut être sensible aux mouvements et aux contrastes. La vue doit être dans un grand angle (plisser les yeux), il faut recevoir particulièrement, le timbre de la voix, les sons proximaux, les mouvements et les rythmes, il faut être relié aux sensations.

En même temps, l’adulte peut manier  une consigne, dans ce cas sont sollicités aussi une audition et une vue précise. L’adulte est attentif à la rigueur de l’échange adapté à la réalité.

Il faut chercher à sentir l’enfant par tous les modes perceptif plus que de le comprendre. Ce n’est que lorsque ce pont est posé entre l’adulte et l’enfant, que l’adulte peut avoir une intention et dire quelque chose. Ce type de relation est appelé un accordage proximal.

Cette nouvelle aptitude à communiquer fait vivre la possibilité chez l’enfant de se construire. Tout moment de communication devient alors un temps de construction de son être.

Les enfants qui ne peuvent pas communiquer, ont un corps qui n’est pas installé tranquillement dans une bonne vibration. Les tissus ne sont pas tous unifiés dans une même fluidité et homogénéité. Pour rencontrer l’autre, il faut avant tout être stable, se trouver demande de s’arrêter. Mais la vie exige toujours un mouvement, ici les mouvements sont à un niveau microscopique, l’enfant autiste ne peut pas se stabiliser pour être rencontré car il  n’a pas de mouvements microscopiques unifiant.

Pour favoriser la rencontre, il faut entraîner l’enfant à réussir à se poser en présence de l’autre.

Le corps de l’adulte doit être détendu pour favoriser une circulation de l’énergie. L’important est d’être présent et centré sur son corps dans un bon alignement qui favorise la fluidité. Il faut pour cela avoir des points d’appui, debout les deux pieds bien ancrés dans le sol, assis une sensation des fessiers et des pieds au sol. Si un son émis énerve ou crispe, il faut au contraire maintenir une détente dans le corps au lieu de se durcir.

Pourquoi l’enfant autiste est parfois violent ?

La communication s’organise autour de deux modes, celui de la rencontre et celui de la compréhension. Le mode de la rencontre est défaillant chez l’enfant autiste et parfois inexistant. L’existence d’un être humain n’est possible qu’en relation avec l’autre. L’enfant autiste avec ses moyens tente de remplacer le mode défaillant de la rencontre par d’autres stratégies. Parfois, la seule réalisable pour lui est la violence. Il n’a pas les moyens physiologiques d’être posé tranquillement pour se laisser toucher par l’autre et être en communication. Son corps ne peut pas s’installer dans une vibration qui habituellement nous met en phase avec l’autre pour communiquer. Pour lui, la seule manière de sentir l’autre est de provoquer un contact souvent violent. Le corps de l’enfant autiste n’est pas fluide, souple et homogène, son expressivité est piégée dans une tension corporelle. Pour sentir sur son corps l’autre, une certaine violence doit être atteinte dans l’échange. Mais bien sûr ce type de rencontre de deux corps tendus n’est qu’éphémère et ne laisse aucune trace constructive. Il faut au contraire ne pas répondre à cette tension et renforcer la détente pour entrainer l’enfant autiste à lâcher cette violence en lui.

Se rencontrer par le contact du regard

Lorsque l’enfant autiste est en train de sortir de son enfermement et qu’il gagne petit à petit un contact du regard, il faut apprendre aux adultes qui s’occupent de lui et à lui-même à débuter toute rencontre, après être bien posé dans son corps,  par le contact du regard. Avoir la sensation de se rencontrer dans la communication se vit par le contact du regard et par la captation de la voix sur le corps. Ainsi l’enfant autiste faisant l’expérience de ce mode par le contact du regard, ne ressent pas le besoin de toucher d’une autre manière, comme auparavant par la main ou par la violence.

Le contact du regard a la subtilité d’un toucher à distance qui est moins persécuteur qu’un toucher direct par la peau. L’enfant qui commence à parler, apprend en ayant établi le contact du regard. La distance nécessaire à la parole communicante est définie par le contact du regard.

Il est inutile de demander à un enfant qui n’a pas encore un bon contact de regard de regarder son interlocuteur. Il faut lui demander de baisser la voix pour que son corps devienne plus tranquille et posé. Ainsi centré sur lui, il a un meilleur contact de regard.

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Autisme : réflexions

Pourquoi certains enfants autistes bougent leur corps rapidement et pourtant supportent mal les mouvements rapides autour d’eux ?

Les mouvements des enfants autistes sont souvent en dehors d’une norme perceptive à laquelle nous sommes habitués. Notre système perceptif est réglé pour capter des mouvements autour d’une norme. Les mouvements autistes que nous percevons, ne sont pas coordonnés avec fluidité.  Au fur et à mesure où l’enfant autiste se construit, sa voix comme son corps se moulent dans les mouvements normaux. En même temps, le regard est de mieux en mieux  adapté pour les mouvements rapides. L’enfant autiste peut mieux rencontrer les autres parce qu’il bouge à une vitesse plus adaptée, et il perçoit mieux son environnement parce que son système perceptif  se construit pour percevoir les vitesses normales et entre autres élevées.

exemple : La situation la pire pour l’enfant autiste est la perception de la récréation qui rassemble une multitude de mouvements très rapides. L’enfant peut être à l’aise dans d’autres lieux où de nombreuses personnes sont rassemblées si elles ne courent pas.

Un enfant sorti de l’autisme mais dont le corps n’est pas entièrement modelé dans des vitesses normales, ne peut  pas durablement s’adapter au mouvement de son environnement. La rencontre avec l’autre est une conjugaison de mouvements, un jeu de vitesses et de lenteur au niveau microscopique comme macroscopique.

Apprentissage, logiciel, robot

Pour transmettre de la connaissance à un enfant autiste, on peut faire appel à des logiciels ou des robots qui exploiteront une vitesse plus lente mais rien ne remplace une relation avec un humain qui par l’accordage proximal, inscrit la connaissance sous une forme bénéfique à plusieurs niveaux et surtout dans un système unifié. L’intégration de connaissances agit aussi au niveau de l’organisation psychique si la transmission est faite par un être humain.  Avec les machines, l’enfant captent plus facilement mais  c’est une situation d’enfermement. Seule la rencontre humaine  permet de maintenir l’enfant autiste dans une ouverture et de le soigner.

Bâillement

Dans la relation thérapeutique, le bâillement est assez fréquent. Le bâillement n’est pas une réaction volontaire. Il est une réponse salutaire du corps. Chez l’enfant autiste, l’arrivée du bâillement est certainement un signe de bonne évolution. Il peut dans un premier temps imiter le thérapeute.  L’étape suivante chez l’enfant est de bailler alors qu’il est installé de manière autonome en lui, il baille pour réajuster et se réapproprier son corps.

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SPIRÉ-IS : Modélisation de la Communication infraverbale et verbale

SPIRÉ-IS[1] est une modélisation de la communication, dans ses deux composantes verbale et infraverbale. Considérant la communication à l’origine de la constitution de l’être, SPIRÉ-IS est un modèle ontologique, dont l’objectif est d’améliorer la prise en charge des enfants qui ont des pathologies graves de la personnalité (autisme, psychose et dysharmonie). La transmission de cette clinique est confrontée à une double difficulté liée à l’étude de l’infraverbal. L’une technique, car l’invisible et l’inaudible sont difficiles à détecter et à mesurer. L’autre vient de l’utilisation de la pensée comme outil d’étude puisque l’infraverbal se situe en deçà de la représentation. SPIRÉ-IS propose une approche par les sciences physiques en considérant la personne comme un système d’information, organisée par des signaux électromagnétiques et acoustiques. Cette démarche, qui peut paraître théorique, est nourrie par des hypothèses qui s’appuient sur la clinique des troubles de la communication et l’analyse statistique de la communication de bébés avec leur mère.

SPIRÉ-IS en conceptualisant la vie in utero et ses prolongements après la naissance, s’efforce de modéliser les fonctionnements chez la personne en deçà de la pensée, au travers de la communication infraverbale.

SPIRÉ-IS fait en particulier l’hypothèse d’une conjonction entre le cellulaire et l’être, ce qui constitue un prolongement entre l’articulation vie psychique et vie physiologique. Ce lien place SPIRÉ-IS dans une modélisation épigénétique, où le génome n’est pas le moteur déterministe du développement, mais où la morphologie et l’environnement sont, au même titre, des acteurs de l’évolution. Grâce à l’analyse des signaux qui se propagent dans la personne et à l’extérieur de celle-ci, SPIRÉ-IS n’intègre pas seulement des contraintes épigénétiques du milieu proche, mais veut aussi tenir compte d’influences liées au fonctionnement global de la personne.


[1] Le nom est construit à partir du verbe latin, aspiro, qui signifie : avoir un souffle favorable, favoriser. Faire un effort vers, aspirer à. Inspirer. Puis y est ajouté une modification poétique. 

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La communication, dont il s’agit ici, assure la circulation de l’information non seulement vers l’extérieur de la personne mais aussi à l’intérieur. Ce réseau d’information est constitué de signaux électromagnétiques et acoustiques qui se propagent depuis la cellule à l’ensemble de la personne puis dans l’espace de communication. La communication étudiée comme une composante de la personne, met en lumière une meilleure compréhension de l’infra verbal et de ses propriétés.

L’ambition du modèle est de représenter une continuité de développement dans le temps, depuis l’embryogenèse jusqu’à l’émergence de la parole. De même, les fonctionnements sont présentés dans une globalité de l’espace, formé de la personne et de sa communication.

Pour comprendre l’infraverbal qui se forme in utero, la modélisation de la propagation des signaux tient compte de l’espace très particulier qu’est le ventre maternel et du devenir  de ces signaux après la naissance en association avec ceux qui se propagent dans l’air. Le traitement des signaux dépend du milieu de propagation. In utéro, les signaux sont traités en gravitation relationnelle par analogie avec la relativité générale ; après la naissance ils sont traités dans l’espace euclidien selon un repère orthonormé et immobile.

Les signaux sont classés en quatre niveaux de traitement de l’information :

  • Traitement de niveau un : il crée l’intelligence organisatrice centrale et donne le sentiment d’exister et la capacité de communiquer. Les signaux sont identiques dans l’espace et dans le temps.
  • Traitement de niveau deux : il concerne les organes et les fonctions corporelles, il opère surtout avant la naissance.
  • Traitement niveau trois : il est destiné essentiellement aux signaux de la langue, il structure l’évolution juste après la naissance.
  • Traitement niveau quatre : il s’applique aux signaux visibles et audibles et il est proche de celui de la pensée.

En même temps que le bébé construit sa communication infraverbale qui n’est rien d’autre que le réseau des signaux, il met en place quatre sous-systèmes d’information : le corps, le système perceptif, le code émotionnel et la langue. Lorsque ces quatre sous-systèmes de signaux structurels, arrivent à maturité, l’enfant accède à la parole.

Cette évolution, qui a lieu in utéro et après la naissance jusqu’à l’émergence de la parole, s’organise essentiellement durant la communication du bébé avec l’adulte. Elle est appelée accordage proximal. La tétée est un bon exemple pour comprendre comment le bébé se construit durant cette période juste après la naissance.

Après ce temps fort de transformation où le bébé se structure, les processus d’intégration d’informations prennent de l’importance et donnent des fonctions qui permettent à l’enfant de se représenter lui-même et le monde qui l’entoure.

La communication, par sa double composante, infraverbal et verbal, est capable en même temps de rejoindre l’autre en belle intelligence tout en transmettant une subtilité émotive unique. L’information qu’elle gère, est à la fois d’une normalité partageable et d’une spécificité inatteignable.  Elle a aussi la fonction fondamentale d’organiser la personne dans son évolution au cours de la vie, en maintenant une cohérence qui définit son identité.

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