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La communication, cœur de l’évolution du bébé et de l’enfant

Quand vous êtes au théâtre ou au concert, vous êtes dans une attente de plaisir qui vous ouvre à une réception globale. A l’opposé, si vous écoutez quelqu’un vous expliquer la situation économique, vous faites appel en vous à une pensée analytique pour comprendre le contenu de la parole. Il faudrait ce soir que vous soyez dans une réception proche de celle dans une salle de théâtre. Vous allez plus m’écouter qu’écouter ce que je dis. Si vous m’écoutez, vous recevez sans filtrer à travers vos connaissances. Avec cette disposition,  des pensées émergent qui sont la base de la compréhension. Maintenir ces deux niveaux, permet de saisir la totalité d’une conférence comme celle-ci. Ainsi vous vous donnerez une place aussi importante que la mienne car l’échange n’est pas uniquement au niveau du savoir mais aussi de l’être. Ce qui devrait faciliter le débat ensuite.

Pourquoi est-il si naturel de communiquer avec un bébé bien portant ?

 

Du côté du bébé :

« Un bébé bien portant » : paradoxalement on ne dit pas « bien porté » la forme passive mais « bien portant » comme si dans une communication avec un bébé c’est lui qui est moteur, c’est lui qui déclenche la communication et qui la guide, il est « portant » de la communication, de « sa » communication. En même temps comme l’embryon puis le fœtus, le bébé est dépendant de la mère, le bébé doit communiquer pour évoluer et se construire. Il ne peut pas se construire sans la communication, à chaque fois qu’il communique il se construit. Le bébé comme l’enfant cherche toujours à communiquer – même un enfant autiste – quand un bébé ne communique plus, l’erreur vient de l’adulte, le bébé lui est prêt à s’ouvrir si le contexte est favorable.

Du côté de l’adulte :

« Un bébé bien portant » émet une communication que l’adulte est apte à recevoir. Il envoie avec son corps dans sa globalité des signaux recevables par l’adulte. Pour atteindre cette communication, l’adulte doit se mettre dans une certaine disposition qu’il atteint « naturellement ». Dans le sens où le chemin pour s’adapter au bébé se trace seul en soi sans construction préalable, la porte d’entrée est  la communication infra verbale.

Quel est ce mouvement naturel qui est rarement décrit car en deçà de la pensée ?

Je l’ai conceptualisé sous le terme : accordage proximal

L’accordage proximal, AP, s’installe de manière naturelle avec un bébé, il est possible de le favoriser avec des enfants ou des adultes qui ont besoin de soin. L’accordage proximal peut aussi dénouer une relation dans un cadre plus léger comme l’enseignement ou la garde d’enfants.

ACCORDAGE PROXIMAL

Système perceptif

La perception est le système qui met en contact deux individus. L’AP renvoie à une manière particulière de percevoir selon une modélisation du système perceptif composé d’un système perceptif proximal et d’une perception distale.

  • Système perceptif proximal : il s’exerce en continuité et de manière proche comme pour le toucher, le goût et l’odorat mais il existe aussi la vue proximale (vue du début de la vie, contact du regard, vue périphérique) et l’audition proximale (un son qui touche). Il fonctionne toujours avec l’unité et la globalité de la personne.
  • Perception distale : il s’exerce en séquences et de loin, vue distale, audition distale, immédiatement utilisable par la pensée

Lorsque vous êtes en accordage proximal, vous favorisez le système perceptif proximal.

Unité, globalité

L’AP a pour effet d’unifier chacun des deux individus en accord avec le système de communication. L’AP révèle les unités réciproques des individus et agit au niveau global de l’individu. Ainsi paradoxalement c’est en accordage proximal que le bébé découvre les sentiments liés à son identité, alors qu’il est en relation avec sa mère. Cette situation où la relation est intriquée aux sentiments d’identité, est à l’origine de l’altérité et de l’attachement.

Espace-temps

C’est le bébé qui amène l’adulte en accordage proximal et qui guide l’adulte dans l’évolution de l’interaction. A partir du moment où la communication qui a été initiée par le bébé, s’installe, le bébé et l’adulte ne sont pas dans un échange linéaire avec un début et une fin, et avec des questions-réponses. La réception et l’émission sont concomitantes. Vous êtes dans une danse hors temps.  En communication avec un bébé vous êtes proche de cet état du fœtus dans le ventre de la mère qui est toujours en mouvement et qui ne connait pas un repère orthonormé et un temps linéaire. Pour approcher ce que vit un bébé, il faut quitter ces repères familiers.

Evolution

Un individu ne peut se transformer que s’il est en AP. Cela signifie que l’on ne peut évoluer qu’en relation avec quelqu’un et avec un fonctionnement important du système perceptif proximal. A partir du moment où le bébé est en relation – en accordage proximal – il se construit. En AP, le bébé est entièrement lui, les évolutions sont toujours prises dans une globalité.

Disposition corporelle de l’adulte

L’AP peut être rapproché de l’état d’être enceinte où on est là pour le futur bébé, on est plus dans une réception  qu’un désir de dire.

  • Le guide n’est pas la tête mais la globalité du corps avec un centre bien stable et de bonne limite. La position assise est plus appropriée au proximal qu’au distal auquel correspond la position verticale.
  • Pour faciliter cette résonnance, il faut une disposition corporelle de lâcher prise sur l’ensemble du corps, la respiration par son ampleur et sa souplesse, favorise la détente.
  • Il faut donc favoriser l’exercice du système perceptif proximal : Parler lentement et doucement pour favoriser un ancrage dans le corps et mieux unifier la voix avec le corps, sons proximaux, contact du regard.
  • La perception est plus sensuelle et émotionnelle.
  • Il faut favoriser le toucher, l’odorat et le goût : toucher en rythme le bébé.
  • La communication infra verbale qui est basée sur des signaux électromagnétiques et acoustiques en deçà de l’audible et du visible, construit l’interaction sans avoir besoin de la penser volontairement. Exemple : vous parlez doucement ou vous bercez le bébé qui reçoit avec satisfaction votre initiative. En réalité, à ce niveau, il a initié chez vous ce comportement.

La pensée de l’adulte

L’adulte doit se dépouiller d’une pensée trop réflexive qui est là pour se protéger mais qui n’est pas au service de la communication avec l’autre. C’est une pensée trop riche en fantasmes et en émotion.

Il faut aussi savoir que le modèle de pensée dans lequel l’adulte s’inscrit ne sert pas directement à l’enfant. Il permet à l’adulte de se structurer et d’organiser la relation pour offrir à l’enfant une cohérence, l’enfant lui capte seulement les effets de l’organisation obtenue par la pensée.

L’adulte ne doit pas chercher à comprendre volontairement l’intériorité du bébé, ses désirs, ses représentations, ses affects puisque le bébé n’a pas atteint ce niveau de développement.

Pour être en communication avec un bébé, l’adulte doit utiliser seulement les processus matures chez le bébé donc il faut penser la communication au niveau du corps. Il faut laisser venir une pensée qui est nourrie par l’accordage proximal. Elle doit émerger malgré soi, elle est le résultat de la rencontre pour laquelle on a posé un cadre qui est l’AP.

 

Pourquoi à l’inverse est-il si compliqué de rester en communication avec un bébé qui souffre ?

 

Un bébé qui souffre a une atteinte physiologique ou psychique qui empêche la globalité de l’être. Une partie de lui n’est plus en cohérence avec l’ensemble, ne fonctionne plus avec l’ensemble. La souffrance avec le symptôme (physiologique ou psychique) est due à un non sens par rapport à l’ensemble. Le bébé est alors dans un état  éparpillé et morcelé, une partie de lui ne peut plus être intégrée.

Cet état attaque la qualité de la communication puisqu’en AP, seule l’unité permet le contact. L’absence de communication en AP augmente le morcellement. Le bébé est dans une spirale d’enfermement et de souffrance.

Le bébé cherche à communiquer mais il attend un contexte pour pouvoir à nouveau être en contact.

Il est possible aussi que le bébé soit disposé à communiquer mais que l’adulte ne parvienne pas à le rejoindre.

L’adulte qui est en attente d’AP où l’on est avec l’autre de manière intense, a un ressenti du vide et d’abandon d’autant plus fort. Il est dans des processus où son être le plus intime est exposé et cette sensation provoque une fermeture où l’adulte perd son unité qui peut se traduire par la mise en place de différents systèmes de défense : confusion, envahissement d’émotions, pensée toute puissante.

L’adulte ne parvient plus à lui proposer un contexte qui lui permette d’être en communication, il ne peut plus poser le cadre de l’accordage proximal.

Et comment (re)trouver la communication avec un bébé ou un enfant ?

 

Pour retrouver la communication avec le bébé et par là-même le soigner, il faut lui permette de se retrouver globalement pour qu’il renforce lui-même son unification.

On pourrait imaginer qu’il faut faire un travail de pensée, comprendre le dysfonctionnement et en donnant un sens à la partie  chaotique qui n’est plus intégrée à l’ensemble, retrouver l’unité. Or le sens qui permet de réintégrer cette partie n’existe que dans le système du bébé et ce système est unique.

L’adulte qui réfléchit de loin, reste dans son système et ne peut pas trouver du sens pour le bébé.

Il faut avant tout être en contact globalement pour accéder à la vérité du bébé.

Etre en contact est l’état d’être présent à l’autre ou d’être avec l’autre. Cela n’amène pas de comparaison vous êtes branché sur la vérité du bébé dans la réalité. L’amour est ce qui approche au mieux de cet état. Quel amour ? C’est l’amour fondamental que l’on a pour l’humanité. C’est un amour universel qui sorti de tout contexte rejoint le spécifique de chaque être. Cet amour se départit au mieux des fantasmes et de l’imaginaire. Cet amour comprend l’altérité et admet l’entière liberté de l’autre. Si le bébé n’est pas considéré dans sa liberté, il ne peut pas prendre l’initiative d’être à nouveau avec vous. Cet amour universel est aussi valable pour l’adulte et renforce chez lui son intégrité.

L’important est de puiser en soi, une énergie vitale pour nourrir un centre. L’adulte qui veut retrouver un bébé doit être dans un bien être  pour que le bébé avec le peu qui lui reste d’ouverture retrouve un contact. Ce niveau est universel. Il parvient toujours à créer du contact. Plus vous êtes centré au niveau essentiel, plus vous réveillez chez le bébé le même niveau. Ce mouvement installe plus clairement deux individualités dans l’altérité.  Plus vous favorisez l’expressivité du système de l’autre avec sa part pathologique.

Dans une telle communication, l’altérité s’impose d’elle-même par la force de se sentir vous-même. L’évidence de l’altérité entraine que le morbide du bébé est reçu dans son système à lui et non pas à travers votre système à vous. Ceci est fondamental. La communication est à deux niveaux, l’un où vous êtes en continu en présence de l’autre dans l’altérité et l’autre en réception de connaissances sur l’autre. Cette connaissance est accessible à votre pensée.

Si l’accordage proximal est bon, vous permettez au bébé d’accéder à nouveau à ses processus vitaux structurés, organisés qui sont sensés. Il trouve lui-même à nouveau un sens à sa globalité. Ce sens, alors que les deux individus sont en relation, peut être approprié immédiatement par celui qui est concerné. C’est toujours le bébé qui se soigne lui-même.

Parfois la pensée consciente ne sera même pas nécessaire car la communication et la vie psychique aura reprise sans même qu’une pensée ne se formule.

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Dans ce type de communication, il faut découvrir que si on lâche une volonté de comprendre par une maitrise de la pensée, un sens beaucoup plus juste émerge et construit la relation et le plus intime de chacun des individus. Et éventuellement ce type de communication nourrie une pensée consciente. C’est  ce sens fondamental au cœur de l’humain et de la relation qui est à l’origine de la parole.

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SPIRÉ-IS : Modélisation de la Communication infraverbale et verbale

SPIRÉ-IS[1] est une modélisation de la communication, dans ses deux composantes verbale et infraverbale. Considérant la communication à l’origine de la constitution de l’être, SPIRÉ-IS est un modèle ontologique, dont l’objectif est d’améliorer la prise en charge des enfants qui ont des pathologies graves de la personnalité (autisme, psychose et dysharmonie). La transmission de cette clinique est confrontée à une double difficulté liée à l’étude de l’infraverbal. L’une technique, car l’invisible et l’inaudible sont difficiles à détecter et à mesurer. L’autre vient de l’utilisation de la pensée comme outil d’étude puisque l’infraverbal se situe en deçà de la représentation. SPIRÉ-IS propose une approche par les sciences physiques en considérant la personne comme un système d’information, organisée par des signaux électromagnétiques et acoustiques. Cette démarche, qui peut paraître théorique, est nourrie par des hypothèses qui s’appuient sur la clinique des troubles de la communication et l’analyse statistique de la communication de bébés avec leur mère.

SPIRÉ-IS en conceptualisant la vie in utero et ses prolongements après la naissance, s’efforce de modéliser les fonctionnements chez la personne en deçà de la pensée, au travers de la communication infraverbale.

SPIRÉ-IS fait en particulier l’hypothèse d’une conjonction entre le cellulaire et l’être, ce qui constitue un prolongement entre l’articulation vie psychique et vie physiologique. Ce lien place SPIRÉ-IS dans une modélisation épigénétique, où le génome n’est pas le moteur déterministe du développement, mais où la morphologie et l’environnement sont, au même titre, des acteurs de l’évolution. Grâce à l’analyse des signaux qui se propagent dans la personne et à l’extérieur de celle-ci, SPIRÉ-IS n’intègre pas seulement des contraintes épigénétiques du milieu proche, mais veut aussi tenir compte d’influences liées au fonctionnement global de la personne.


[1] Le nom est construit à partir du verbe latin, aspiro, qui signifie : avoir un souffle favorable, favoriser. Faire un effort vers, aspirer à. Inspirer. Puis y est ajouté une modification poétique. 

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La communication, dont il s’agit ici, assure la circulation de l’information non seulement vers l’extérieur de la personne mais aussi à l’intérieur. Ce réseau d’information est constitué de signaux électromagnétiques et acoustiques qui se propagent depuis la cellule à l’ensemble de la personne puis dans l’espace de communication. La communication étudiée comme une composante de la personne, met en lumière une meilleure compréhension de l’infra verbal et de ses propriétés.

L’ambition du modèle est de représenter une continuité de développement dans le temps, depuis l’embryogenèse jusqu’à l’émergence de la parole. De même, les fonctionnements sont présentés dans une globalité de l’espace, formé de la personne et de sa communication.

Pour comprendre l’infraverbal qui se forme in utero, la modélisation de la propagation des signaux tient compte de l’espace très particulier qu’est le ventre maternel et du devenir  de ces signaux après la naissance en association avec ceux qui se propagent dans l’air. Le traitement des signaux dépend du milieu de propagation. In utéro, les signaux sont traités en gravitation relationnelle par analogie avec la relativité générale ; après la naissance ils sont traités dans l’espace euclidien selon un repère orthonormé et immobile.

Les signaux sont classés en quatre niveaux de traitement de l’information :

  • Traitement de niveau un : il crée l’intelligence organisatrice centrale et donne le sentiment d’exister et la capacité de communiquer. Les signaux sont identiques dans l’espace et dans le temps.
  • Traitement de niveau deux : il concerne les organes et les fonctions corporelles, il opère surtout avant la naissance.
  • Traitement niveau trois : il est destiné essentiellement aux signaux de la langue, il structure l’évolution juste après la naissance.
  • Traitement niveau quatre : il s’applique aux signaux visibles et audibles et il est proche de celui de la pensée.

En même temps que le bébé construit sa communication infraverbale qui n’est rien d’autre que le réseau des signaux, il met en place quatre sous-systèmes d’information : le corps, le système perceptif, le code émotionnel et la langue. Lorsque ces quatre sous-systèmes de signaux structurels, arrivent à maturité, l’enfant accède à la parole.

Cette évolution, qui a lieu in utéro et après la naissance jusqu’à l’émergence de la parole, s’organise essentiellement durant la communication du bébé avec l’adulte. Elle est appelée accordage proximal. La tétée est un bon exemple pour comprendre comment le bébé se construit durant cette période juste après la naissance.

Après ce temps fort de transformation où le bébé se structure, les processus d’intégration d’informations prennent de l’importance et donnent des fonctions qui permettent à l’enfant de se représenter lui-même et le monde qui l’entoure.

La communication, par sa double composante, infraverbal et verbal, est capable en même temps de rejoindre l’autre en belle intelligence tout en transmettant une subtilité émotive unique. L’information qu’elle gère, est à la fois d’une normalité partageable et d’une spécificité inatteignable.  Elle a aussi la fonction fondamentale d’organiser la personne dans son évolution au cours de la vie, en maintenant une cohérence qui définit son identité.

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