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le corps dans la rencontre

L’autisme est le paradigme du dysfonctionnement de la communication. La communication est altérée depuis le début de l’embryogenèse où l’information ne circule pas normalement. Cette altération  empêche la construction de la personnalité. Chez le bébé, la relation est première avant l’existence d’un sentiment d’exister.

Désirer rencontrer est aussi essentiel que désirer exister. Comment parvenir à rencontrer un enfant autiste ou un enfant qui a des troubles de la communication où rien ne favorise l’échange ?

Alors qu’habituellement, la communication s’installe naturellement, il faut là volontairement modifier notre disposition à communiquer. L’attention doit être portée uniquement sur une transformation corporelle. Avant la pensée, le corps est le moteur de cette rencontre. La parole se modifie mais elle n’est que le résultat d’une présence corporelle adaptée aux enfants qui ont une incapacité à communiquer.

Pour cela il faut travailler à deux niveaux :

  • la communication avec soi-même
  • la communication avec l’autre

Elles sont complètement liées.

La communication  avec soi-même doit être stable et centrée.  il faut favoriser une bonne circulation de l’énergie par exemple en amplifiant la respirationIl faut se dégager de toutes pensées personnelles. La pensée doit être centrée sur la relation et sur l’enfant. 

il faut que la communication avec l’autre sollicite sa globalité, en étant vigilent à un certain usage de la perception. Il faut être sensible aux mouvements et aux contrastes. La vue doit être dans un grand angle (plisser les yeux), il faut recevoir particulièrement, le timbre de la voix, les sons proximaux, les mouvements et les rythmes, il faut être relié aux sensations.

En même temps, l’adulte peut manier  une consigne, dans ce cas sont sollicités aussi une audition et une vue précise. L’adulte est attentif à la rigueur de l’échange adapté à la réalité.

Il faut chercher à sentir l’enfant par tous les modes perceptif plus que de le comprendre. Ce n’est que lorsque ce pont est posé entre l’adulte et l’enfant, que l’adulte peut avoir une intention et dire quelque chose. Ce type de relation est appelé un accordage proximal.

Cette nouvelle aptitude à communiquer fait vivre la possibilité chez l’enfant de se construire. Tout moment de communication devient alors un temps de construction de son être.

Les enfants qui ne peuvent pas communiquer, ont un corps qui n’est pas installé tranquillement dans une bonne vibration. Les tissus ne sont pas tous unifiés dans une même fluidité et homogénéité. Pour rencontrer l’autre, il faut avant tout être stable, se trouver demande de s’arrêter. Mais la vie exige toujours un mouvement, ici les mouvements sont à un niveau microscopique, l’enfant autiste ne peut pas se stabiliser pour être rencontré car il  n’a pas de mouvements microscopiques unifiant.

Pour favoriser la rencontre, il faut entraîner l’enfant à réussir à se poser en présence de l’autre.

Le corps de l’adulte doit être détendu pour favoriser une circulation de l’énergie. L’important est d’être présent et centré sur son corps dans un bon alignement qui favorise la fluidité. Il faut pour cela avoir des points d’appui, debout les deux pieds bien ancrés dans le sol, assis une sensation des fessiers et des pieds au sol. Si un son émis énerve ou crispe, il faut au contraire maintenir une détente dans le corps au lieu de se durcir.

Pourquoi l’enfant autiste est parfois violent ?

La communication s’organise autour de deux modes, celui de la rencontre et celui de la compréhension. Le mode de la rencontre est défaillant chez l’enfant autiste et parfois inexistant. L’existence d’un être humain n’est possible qu’en relation avec l’autre. L’enfant autiste avec ses moyens tente de remplacer le mode défaillant de la rencontre par d’autres stratégies. Parfois, la seule réalisable pour lui est la violence. Il n’a pas les moyens physiologiques d’être posé tranquillement pour se laisser toucher par l’autre et être en communication. Son corps ne peut pas s’installer dans une vibration qui habituellement nous met en phase avec l’autre pour communiquer. Pour lui, la seule manière de sentir l’autre est de provoquer un contact souvent violent. Le corps de l’enfant autiste n’est pas fluide, souple et homogène, son expressivité est piégée dans une tension corporelle. Pour sentir sur son corps l’autre, une certaine violence doit être atteinte dans l’échange. Mais bien sûr ce type de rencontre de deux corps tendus n’est qu’éphémère et ne laisse aucune trace constructive. Il faut au contraire ne pas répondre à cette tension et renforcer la détente pour entrainer l’enfant autiste à lâcher cette violence en lui.

Se rencontrer par le contact du regard

Lorsque l’enfant autiste est en train de sortir de son enfermement et qu’il gagne petit à petit un contact du regard, il faut apprendre aux adultes qui s’occupent de lui et à lui-même à débuter toute rencontre, après être bien posé dans son corps,  par le contact du regard. Avoir la sensation de se rencontrer dans la communication se vit par le contact du regard et par la captation de la voix sur le corps. Ainsi l’enfant autiste faisant l’expérience de ce mode par le contact du regard, ne ressent pas le besoin de toucher d’une autre manière, comme auparavant par la main ou par la violence.

Le contact du regard a la subtilité d’un toucher à distance qui est moins persécuteur qu’un toucher direct par la peau. L’enfant qui commence à parler, apprend en ayant établi le contact du regard. La distance nécessaire à la parole communicante est définie par le contact du regard.

Il est inutile de demander à un enfant qui n’a pas encore un bon contact de regard de regarder son interlocuteur. Il faut lui demander de baisser la voix pour que son corps devienne plus tranquille et posé. Ainsi centré sur lui, il a un meilleur contact de regard.

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Communication avec un bébé sourd et un bébé aveugle

Cette page peut intéresser les parents qui viennent d’apprendre un handicap auditif ou visuel chez leur bébé.

Pour mieux comprendre, il est conseillé de lire l’ensemble de cette page qui aborde un handicap visuel et un handicap auditif.

Réflexion sur la communication avec un bébé sourd ou qui a une déficience auditive

Psychologue clinicienne, je rencontre Louis dans un service hospitalier, âgé de 4 mois, il crée avec moi une très belle interaction, et pourtant j’apprendrai plus tard à ma grande surprise que Louis est sourd.

Pendant notre échange, j’observe que contrairement aux bébés du même âge, il est capable de créer des mouvements de lèvres qui sont bien en accord avec notre langue. Son contact de regard est bon et étonnamment il a déjà un regard  bien rythmé. Si je chante une chanson accompagnée d’un mouvement de mains, il crée un mouvement de la tête rarement observé chez des bébés du même âge. Louis a développé une expressivité particulièrement visible. On peut avancer une explication simple de cette situation en disant que Louis capte visuellement les mouvements du visage de son interlocuteur et les réalise pour compenser sa défaillance auditive. Ceci est vrai mais pas tout à fait juste.

Avant même d’exercer une captation visuelle, tous les mouvements de la peau du visage sont structurés par la langue. Dès le début de l’embryogenèse, les tissus sont modelés par la langue dans le corps de la mère. Même si l’ouïe est déficiente, l’ensemble du corps a des mouvements organisés par la langue. Il est important pour les parents d’un jeune bébé sourd, de bien saisir la portée de ce fonctionnement. Le bébé a une audition déficiente mais tout le corps est apte à recevoir les sons de la langue. La capacité du bébé à réaliser des expressivités vient de ce modelage des tissus par la langue in utero.

Au début de la vie le bébé organise son système perceptif proximal qui comme son nom l’indique lui permet de percevoir ce qui l’entoure dans une certaine proximité. Ce système perceptif a la particularité de fonctionner avec les cinq sens ensembles. Grâce à cette caractéristique des compensations sont possibles.

Dans un deuxième temps, le bébé développe sa perception distale qui alors ne concerne que la vue et l’audition. L’audition et la vue existent donc au  niveau proximal et au niveau distal.

Pour compenser, Louis maintient une perception importante au niveau proximal ainsi il reçoit sur l’ensemble du corps les sons et capte visuellement de manière intense les expressivités du visage. Ceci ne peut se vivre que si la relation avec son interlocuteur est basée sur l’accordage proximal. L’accordage proximal est la relation que l’adulte a naturellement avec un bébé. Le corps est détendu, la voix est riche en son proximaux – sons faits habituellement avec un bébé – et le contact du regard avec le bébé est bon. Pour favoriser l’accordage proximal, il est important dans un premier temps d’avoir le bébé sur l’adulte mais ensuite installer le bébé en assise autonome pour que le bébé s’exerce à utiliser le système perceptif proximal sans être sur le corps des autres. On peut aussi adosser le bébé au corps de l’adulte avec un regard porté vers l’extérieur, cette position est aussi très bonne pour l’ensemble de la vibration du corps du bébé.

L’annonce du handicap provoque des questionnements et des angoisses qui troublent les interactions précoces. L’information véhiculée  durant les interactions précoces,  circule essentiellement au niveau infraverbal. Physiologiquement, cela correspond à des signaux électromagnétiques et des signaux acoustiques. Un parent qui s’adresse à son bébé, doit exposer une cohérence corporelle et verbale. Si un parent est troublé, le message affiché est incohérent et entrave une bonne construction psychique du bébé.  Il est donc conseillé de consulter un psychologue pour être accompagné durant les premiers mois.

Jusqu’à 5 mois, le bébé développe essentiellement son système perceptif proximal sans que la perception distale soit complètement absente, donc il est conseillé d’avoir des interactions les plus naturelles possibles sans faire intervenir des outils ou des moyens qui viendraient troubler la spontanéité.

Le père de Louis est aussi sourd, il communique  habituellement avec le langage des signes, jusqu’à ma rencontre il s’interdisait de bouger les mains lorsqu’il s’adressait à son fils. Sur mon conseil, en s’adressant à Louis avec le langage des signes, une nouvelle communication est née, le père a rencontré son fils. Cette communication présente deux avantages : le père a retrouvé son mode d’expression où il est complètement présent avec son affect dans ce qu’il dit. Louis perçoit sur le corps de son père un système qui facilite la compensation de la surdité. La mère de Louis utilise la parole pour communiquer. Un mois plus tard, Louis est métamorphosé en présence de son père. Le corps bouge bien dans l’interaction, le visage est très expressif et la tête est mobile. Les vocalises viennent de manière plus appropriées.

Pour communiquer avec un bébé sourd ou qui a une défaillance auditive, il faut un bon accordage proximal : corps détendu, voix riches en sons proximaux, bon contact du regard. A partir de 4-5 mois il faut augmenter le temps de communication – en comparaison d’un bébé sans défaillance en se mettant en face à face pour stimuler la perception distale. L’interaction doit être simple et habituelle. L’adulte doit avoir une bonne expressivité du visage. Avant le langage des signes, l’adulte peut prendre l’habitude de rythmer de temps en temps sa parole par des gestes des mains.  Il est préférable de ne pas porter de lunette. En plus des parents, il est favorable que le bébé communique avec d’autres adultes.

Les remarques faites au sujet du bébé sourd sont aussi valables pour la rééducation des enfants sourds plus âgés. Le langage  des signes est l’exemple le plus démonstratif du rapprochement du proximal et du distal.

Réflexion sur la communication avec un bébé aveugle ou qui a une déficience visuelle

Au début de la vie, c’est la vue périphérique qui s’exerce puis la vue centrale s’organise vers 4-5 mois. Le contact du regard se construit avec la vue périphérique. Elle s’exerce avec l’ensemble des autres modes pour constituer le système perceptif proximal. La vue périphérique qui participe à s’organiser dans la proximité de l’environnement est compensée par l’audition proximale en alliance avec le goût, l’odorat et le toucher.

Si un bébé souffre d’une déficience visuelle et que le contact du regard ne s’établit pas, il compense en utilisant son système perceptif proximal où l’audition proximale construit essentiellement la communication. Comme pour le bébé qui a une déficience auditive, il doit maintenir un accordage proximal pour favoriser cette captation de la voix sur l’ensemble du corps.

Il faut donc stimuler plus souvent et plus tôt le bébé qui a des déficiences visuelles en créant des styles de communications variés et avec des personnes différentes. La variation des personnalités facilite le développement de la perception distale. La variation des styles signifie qu’il faut proposer aux bébés des sons avec des sons proximaux et des sons distaux. Les sons distaux sont les sons de la langue avec des variations importantes de hauteurs et de forces. Les sons proximaux sont les sons que l’on fait spontanément en s’adressant à un bébé. Les chansons sont aussi les bienvenues et de toute façon le support de la voix au début de la vie est meilleur que des instruments de musique.

Pour communiquer avec un bébé aveugle ou qui a une déficience visuelle, il faut être en accordage proximal pour favoriser l’exercice du système perceptif proximal avec une bonne réception de la voix sur l’ensemble du corps. L’interaction doit être simple et habituelle. L’adulte doit avoir une bonne expressivité de voix et elle peut parfois être augmentée en variation. A partir de 4-5 mois, il faut augmenter les temps de communication en stimulant l’audition distale en comparaison d’un bébé sans défaillance. En plus des parents, il est favorable que le bébé communique avec d’autres adultes.

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